Lundi 26 novembre 2007
Revue Number Wine
 
Saluons l’arrivée d’une nouvelle venue dans l’univers des publications sur le vin. Dans la mouvance des petits magazines ciblant délibérément le lectorat des jeunes cadres urbains, voici Number Wine. Bimestriel, gratuit et distribué dans un petit nombre d’endroits sélectionnés (aéroports, hôtels, certains cavistes, ... avec une formule d’abonnement) celui-ci se décline en une version française et une version anglaise.
 
Bien que l’équipe rédactionnelle soit franco-américaine, le style est bien anglo-saxon, hédonisme et humour étant bien au rendez-vous. Les articles sont assez légers, plaisants, souvent un peu brefs, sur des sujets qui auraient parfois mérités d’être un peu approfondi. Le positionnement est cependant moins d’approfondir que l’élargir l’horizon : les vignobles du nouveau monde sont aussi représentés que les européens, les nouveaux modes de consommation du vin sont explorés, les bars à vins présentés sont à Paris, Los Angeles ou à l’Ile Maurice. L’objectif, louable en cette période de crise viticole, étant d’amener le lectorat à découvrir et à explorer sans a priori le monde du vin.
 
Le sommaire de ce premier numéro est en droite ligne avec sa ligne éditoriale : « a magazine about wine and pleasure ». Ces pleasures incluant whiskies et autres spiritueux. Au sommaire de ce numéro d’octobre / novembre, donc : Volnay, le vin et le rugby, les vins du Chili, et de nombreux autres articles, reportages, interviews et quizz. Souhaitons à Number Wine de nous offrir beaucoup de plaisir !
 

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Mercredi 14 novembre 2007
Claude Chapuis : Le chemin des vignes
 
Né au sein d’une famille vigneron d’Aloxe-Corton, Claude Chapuis a déjà consacré plusieurs ouvrages aux vins de Bourgogne et à cette appellation en particulier. Il anime régulièrement une chronique sur une radio locale, chronique dont est issue la matière première de cet ouvrage. Si le sous-titre « Tout ce qu’on ne vous a pas encore dit sur les vins de Bourgogne » peut paraître un peu prétentieux, le texte dévoile, à l’inverse, un homme très humble devant la nature et ceux qui y travaillent souvent durement pour nous en livrer les fruits.
 
Claude Chapuis soulève pour nous un pan du voile qui derrière lequel opèrent les mystères du vin, issu de l’union de la terre, de la vigne et de l’homme. Il en évoque avec verve et poésie de nombreux aspects. La terre et les paysages bourguignons tout d’abord, qu’il rend presque palpable sous nos yeux, de la douceur des printemps aux rudes gelées des hivers. Ce sont également les cabottes, ces cabanes de pierre qui ponctuent les coteaux et que l’on a parfois rasées pour planter quelques ceps de plus.
 
Puis c’est au tour des fils du terroir que sont les cépages. Pinot noir et Chardonnay sont bien entendu de la partie. Mais d’autres cépages sont également présents : l’aligoté tout d’abord, auquel il faut rendre justice ; le pinot-beurot dont le nom n’est pas issu d’un hypothétique goût de beurre mais dérive de la bure des moines ; ainsi que le pinot blanc ou encore le melon.
 
Du moine vigneron au vigneron manager d’aujourd’hui, qu’ils se basent sur des dictons ou se fassent assister par leur ordinateur (voire les deux en même temps), l’histoire et le labeur des hommes est le thème de prédilection de Claude Chapuis. Une histoire à réécrire sans cesse, de millésime en millésime, où le succès n’est jamais acquis. Une histoire où compteront toujours l’écoute et la compréhension de ce que le terroir, le climat et la vigne se disent.
 
Se déroulant telle une conversation amicale, avec une grande simplicité de ton et une humilité devant son sujet, ce petit livre n’en contient pas moins une somme de connaissances. On y croise Voltaire (grand amateur de Cortons), Lamartine et Vincenot autant que d’anonymes vignerons, courtiers et négociants. Voilà bien un livre de garde, non seulement pour les amateurs de Bourgognes, mais aussi pour tous ceux qui veulent parcourir le chemin des vignes avec un guide éclairé. 

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Le chemin des vignes
. Claude Chapuis. 128 pages. Editions de Bourgogne. 2006. 14,50 €.
 
 
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Samedi 10 novembre 2007
Maxime Bucciarelli : Histoire des vins de Moselle
 
« Fleuve riche en coteaux que parfume Bacchus ». C’est en ces termes qu’Ausone, poète et consul bordelais du IVème siècle (l’un des deux Saint-émilions 1er Grands Crus classés A porte son nom), décrit la Moselle. Or, force est de constater que les vins français de la vallée de la Moselle ne jouissent aujourd’hui pas d’une grande réputation. A l’inverse, les rieslings allemands de Mosel-Saar-Ruwer figurent parmi les meilleurs au monde. Quant aux vins des coteaux luxembourgeois de la Moselle, ils ont été chantés entre autres par Jacques Brel et Nino Ferrer. Cet ouvrage vient à point pour réparer cette injustice. 

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Le vignoble mosellan à Contz-les-Bains
(photo Maxime Bucciarelli)

 
L’histoire n’a en effet pas épargné cette région, et sa viticulture en a largement fait les frais. Pourtant, elle connut des périodes très fastes, depuis l’arrivée des premiers ceps de vignes avec l’armée romaine, dès le IIIème siècle. La topographie de la vallée de la Moselle est en effet très propice à la vigne, et cela malgré sa position très septentrionale. Succession de coteaux bien orientés, géologie idoine (couches marno-calcaires en-dessous de sols graveleux et argileux), protection des gelées grâces aux brumes du fleuve. Enfin, le cours régulier de la Moselle en faisait alors un axe préféré au Rhin, bien plus capricieux. Trèves, capitale de l’Empire Romain d’Occident, et Metz, doivent très certainement leur prospérité à la proximité d’un vignoble de renom. Celui-ci survécut aux invasions barbares, et contribua à décider en l’an 511 Théodoric, beau-frère et opposant de Clovis, à choisir Metz comme capitale de l’Austrasie. Son royaume comprenait notamment l’Alsace, la Champagne et la Rhénanie, montant jusqu’aux actuels Pays-Bas.
 
Le clergé a joué un rôle clé durant la période Mérovingienne pour le maintien de l’unité du royaume. Les évêques se devaient d’avoir une bonne cave afin de recevoir dignement le roi et les hauts-dignitaires du royaume ; de là date la tradition du vin d’honneur. Pour cela, ils entretenaient souvent un vignoble de qualité. A partir de la fin du VIème siècle se sont développés monastères et abbayes. Source de revenus, mais aussi symbole du sacrifice de Jésus, le vin faisait alors l’objet d’efforts qualitatifs croissants. L’ère de Charlemagne vit un développement sans précédent du commerce fluvial. Les vins de Moselle en profitèrent largement. L’intérêt porté par l’Empereur est surtout connu en France au travers de son legs d’un fameux vignoble bourguignon au monastère de Saulieu. Mais il fit aussi planter de la vigne en de nombreux endroits, dont Guentrange à proximité de Thionville. 
 
L’aventure se poursuivra jusque vers le second tiers du XIXème siècle. Le vin de Moselle, apporté dans ses bagages par Charles, cardinal de Lorraine, fut déclaré « Roi des vins » lors du concile de Trente. Il faisait alors une très forte concurrence aux clairets bordelais sur le marché anglais. Henri II jugea les vins « rinoys » (de Moselle et d’Alsace) équivalents aux vins de France et les paya au même prix. Cette concurrence se renforça avec la Guerre de Cent ans (1337-1453) entravant l’exportation des vins de Bordeaux. La recherche de meilleurs rendements va cependant conduire à réduire la qualité. L’exode huguenot qui suivi la révocation de l’Edit de Nantes (3.000 Messins ont alors fui à l’étranger) et la Guerre de Trente ans accentueront ce mouvement, malgré la réaction du parlement de Metz qui mit en place une règlementation s’apparentant déjà à celle des AOC.
  

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Deux cartes anciennes, extraites du livre, montrant la vigne plantée "en foule"

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Après la Révolution de 1789 la bourgeoisie va progressivement investir dans le vignoble, privilégiant des vins plus corsés aux clairets produits jusque-là. Le peuple va également s’approprier la vigne en fonction des moyens dont il dispose. La vigne se développe à nouveau, avec 5.000 hectares recensés en 1802 et 6.000 en 1878, au moment de l’annexion allemande. Avec un climat et des cépages équivalents à ceux de la Champagne, la Moselle intéressa alors fortement l’industrie allemande des vins pétillants ou Sekt. Manquant de matière première, elle importa massivement les moûts mosellans. Plusieurs maisons allemandes, mais aussi champenoises (dont Roederer ou encore Mercier) installèrent des succursales en Moselle. Des maisons lorraines lancèrent avec succès leur propre marque.  
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L’offre avait du mal à suivre la demande. Il fallut la tragique invasion du phylloxéra pour ravager progressivement le vignoble. Des premiers signes visibles dès 1873 à sa maitrise en 1917, plus de 4.400 hectares de vigne ont été détruits. S’y sont ajouté les destructions de la Grande Guerre puis le départ des Allemands en 1818, coupant le vin de Moselle de son principal marché. L’administration française n’était alors pas pressée d’offrir un marché de substitution à ces vins issus de la « Sibérie française » alors qu’il y avait une production massive de vins du Midi et d’Afrique du Nord à écouler. Un autre facteur accélérant le déclin du vignoble mosellan fut le développement croissant du tissu industriel, notamment autour du bassin minier, requérant force main d’œuvre. Au-delà de cette histoire aux nombreuses péripéties, Maxime Bucciarelli conte également le labeur quotidien des vignerons, ainsi que la variété et les histoires des nombreux cépages qui furent utilisés, tout cela richement documenté et illustré (l’auteur est aussi collectionneur de cartes postales anciennes).
 
Et aujourd’hui ? Le vignoble mosellan connait une véritable renaissance. Une poignée de vignerons ont fait un travail qualitatif sur plusieurs décennies, ayant notamment permis un classement en VDQS (Vin Délimité de Qualité Supérieure). Trois secteurs sont concernés : la rive gauche de la Moselle (9 villages), la rive droite (4 village) et la région de Vic-sur-Seille (où habita le peintre Georges de La Tour). L’encépagement est constitué de Riesling, d’Auxerrois, de Gewürztraminer, de Pinot Blanc, Gris, Rouge ou Meunier, de Müller-Turgau (cépage allemand que l’on ne trouve pas ailleurs en France), et de Gamay (qui intervient dans la fabrication du vin gris). Les vins sont friands, nerveux ou tendres, assez typiques des zones septentrionales tempérées. Ils séduisent par leur fraicheur et leur fruité, accompagnant avec bonheur la cuisine régionale. Les viticulteurs mosellans (dont la plupart sont présentés dans le livre) sont tous engagés dans une démarche de valorisation de leur terroir, passant par une recherche constante d’amélioration de la qualité.
 
Puisse ce livre vous donner envie de découvrir ou de redécouvrir l’un de ces vins de Moselle qui faisait chanter Brel ! 

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Histoire des vins de Moselle
. Maxime Bucciarelli. 200 pages. Serge Domini Editeur. 2006. 45 €. 
 
L'édition est de seulement 1.500 exemplaires. Le livre est n'est donc pas distribué très largement, mais vous pouvez le trouver sur le site de la Fnac. Si vous voulez en savoir plus sur la Moselle et sa gastronomie, n'hésitez pas à consulter le site de l'Office du tourime de la Lorraine, les pages consacrées à la gastronomie sont très complètes.

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Dimanche 4 novembre 2007
Luc-Olivier Pierre : Magie d’un vignoble – Sancerre
 
Le vin de Sancerre monte tout de suite au palais, on n’a pas besoin de l’interroger. Cette maxime démontre bien le caractère trempé de ces viticultures, riches d’une histoire plus que bimillénaire où ils ont plus d’une fois fait preuve d’audace face au pouvoir central. Déjà occupés par les Bituriges qui ont fait du piton de Sancerre l’une de leur place forte, les bords de Loire sont rapidement cultivés de vigne, comme en attestent des écrits de Pline l’ancien (23-79 après J.-C).
 
Les siècles qui suivirent ne furent qu’une succession de périodes fastes, permettant à la vigne de prospérer et au vin de rayonner, et de périodes moins agréables, où dominèrent peste, invasions et barbaries en tous genres. Mais toujours les vignerons, qu’ils soient moines ou laïques s’en relevèrent et reprirent leur ouvrage. Et cela pour le plus grand bonheur des amateurs de l’inimitable bouquet de pierre à fusil des sancerres blancs (cépage sauvignon), ou encore du fruité des sancerres rouges ou rosés (pinot noir, n’oublions pas que nous sommes déjà à proximité de la Bourgogne).
 
Sancerre et le sancerrois sont présentés ici sous toutes leurs coutures, l’histoire bien entendu, mais aussi les terroirs, les traditions encore bien vivaces autour de la viticulture (comme les confréries ou les fêtes), ou encore la dégustation et même des conseils culinaires. Au travers de cet ouvrage richement documenté, Luc-Olivier Pierre rend avant tout hommage aux femmes et aux hommes qui ont fait de cette appellation ce qu’elle est aujourd’hui : des anonymes qui se sont battus à un contre dix lors du siège de Sancerre en 1573, à ceux qui ont monté l’AOC. Enfin, un chapitre entier est consacré aux viticulteurs actuels, village par village, avec également toutes les adresses. Un ouvrage très complet qui fleure bon la pierre à fusil, provoquant juste un petit regret : les spécificités de chaque viticulteur (ou au-moins des principaux) auraient mérité d’être présentées.  


Magie d’un vignoble – Sancerre . Luc-Olivier Pierre. 176 pages. 
Editions de la Courrière. 2004. 29 €.
 
L’ouvrage est illustré de nombreux documents anciens et de photographies actuelles. En complément, n’hésitez pas à visiter le blog de Pierre Mérat qui y expose de superbes photos du vignoble sancerrois.
 
NB : le titre de l’article est un emprunt à Pierre Dac.

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Jeudi 1 novembre 2007
Thierry Tahon : Petite philosophie de l’amateur de vin.
 
Appliquer la philosophie aux défis du quotidien, et ainsi lui donner tout son sens, voilà l’ambition que se donnent les éditions Milan au travers leur collection « Pause Philo » déjà riche de plus d’une quinzaine de volumes. Prenant comme point de départ un dîner-dégustation ou encore la fête du Jurançon à Monein, Thierry Tahon convoque Platon, Leibniz, Nietzsche et bien entendu Michel Onfray (dont on relira avec un œil nouveau La sculpture de soi), pour interroger notre relation au vin.
 
Entre hédonisme et raison, cette Petite philosophie s’articule autour de trois axes de réflexion : « Déguster », montrant comment le vin peut être tant source de bonheur que d’anxiété, « S’enivrer », explorant cette zone fragile et ténue où la raison s’éloigne mais où l’ivresse n’a pas encore pris ses droits, « Rêver », balayant par divers angles l’univers fantasmagorique, mais aussi la réalité économique du vin
 
L’intérêt évident de ce livre est de nous donner du champ sur un sujet déjà largement balayé sous tous ses angles, une mise en perspective originale, tout en étant largement abordable pour le néophyte en philosophie. Nos représentations du vin sont en effet largement expérientielles, quand elles ne sont pas dominées par des maitres à penser souvent autoproclamés. Ces fameux guides par exemple, dont la lecture comporte bien plus d’implications qu’il n’y paraît à première vue : en nous disant quoi ressentir à la dégustation de tel ou tel vin, ne nous enferment-ils pas dans un double paradoxe ? Le plaisir de la découverte est annihilé puisque nous savons par avance ce que le vin a à nous dire, et pour autant, l’amateur ne peut que s’angoisser s’il ne retrouve pas les arômes promis par l’expert.
 
En décryptant la part objective et la part subjective, en distinguant besoin, désir et plaisir, à partir toujours de sa propre expérience, donc un peu les nôtres, Thierry Tahon s’applique à démonter les mécanismes à l’œuvre. Autant d’invitations à approfondir ensuite ces thèmes avec les nombreux auteurs cités.
 

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Petite philosophie de l’amateur de vin. Thierry Tahon. 200 pages. Editions Milan, collection Pause Philo. 2005. 15 €.
 
Pour les passionnés d’ovalie, signalons que Thierry Tahon est déjà l’auteur d’une Petite philosophie du rugby dans la même collection. Multirécidiviste, il vient également de publier une Petite philosophie de l'amateur de cuisine.

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Mardi 2 octobre 2007
Raoul Marc Jennar : Menaces sur la civilisation du vin 
Roland Feredj : O.P.A. sur la viticulture
 
Le monde du vin est en train de connaître une révolution aussi profonde que celle qui démarra voici un siècle pour aboutir à la création des AOC en 1935. Raoul Marc Jennar (politologue spécialiste de la mondialisation) et Roland Feredj (Directeur général de l’interprofession bordelaise) nous en éclairent chacun quelques facettes.
 
Passons rapidement sur l’état des lieux, en notant l’importance des enjeux : la viticulture pèse 10 % de la valeur de l’agriculture européenne, employant plus d’1.500.000 personnes à temps plein. Elle est actuellement en crise, en Europe et plus particulièrement en France, c’est bien connu. Alors que le prix de quelques châteaux et domaines hauts de gamme atteignent des sommets, le tonneau de 900 L de Bordeaux générique a chuté l’an dernier sous la barre symbolique des 1000 €. A ce tarif, les frais de production sont à peine couverts. Dans les autres régions (Champagne exceptée, on pourrait d’ailleurs s’interroger plus profondément sur le modèle économique de la Champagne et chercher ce qui pourrait en être transposable ailleurs), le constat n’est pas plus reluisant. Les vins du « Nouveau Monde » s’importent de manière croissante (12 millions d’hectolitres en 2005) alors que nos exportations chutent depuis l’an 2000 (avec cependant une reprise l’an dernier, perdurera-t-elle ?). Tout cela dans un contexte de baisse générale de la consommation de vin.
 
Crise structurelle ou seulement conjoncturelle ? Le diagnostic est lui-même loin d’être partagé, que dire alors des solutions proposées … Notons cependant quelques idées clés. Tout d’abord, le marketing fait vendre, et les français ne l’exploitent pas à la hauteur de leurs confrères du « NM ». Ensuite, notre système des AOC, auquel il faut reconnaître d’avoir tiré la filière vers le haut, comporte des effets pervers et nécessite aujourd’hui une vraie remise à plat. Les deux ouvrages présentés ici donnent quelques éclairages pour voir un peu plus clair dans le débat actuel.
 
Le titre donne le ton : « Menaces sur la civilisation du vin » ne donne pas dans la dentelle. Il tire franchement la sonnette d’alarme devant les propositions de la Commission Européenne pour réformer l’économie du vin. De quoi s’agit-il ? Arrachage de 200.000 hectares de vignes (après déjà une réduction des surfaces du vignoble européen de 16% en 20 ans, alors que les pays du « NM » ont augmenté les leurs de 30 à 240%) ; arrêt de la distillation de crise ; libéralisation des droits de plantation à partir de 2014 (en clair, un droit d’augmenter leurs surfaces pour les grandes exploitations qui auront survécu à la purge) ; libéralisation des techniques viticoles (aromatisation –et pas seulement avec les fameux copeaux de chêne–, ajout de glycérol, importation de moûts, …) ; mais aussi la mise en œuvre d’une politique de promotion du vin et de mesures destinées à améliorer la protection de l’environnement. Il s’agit ni plus ni moins que de favoriser en Europe l’essor d’une grande industrie du vin. C’est en effet l’un des rares secteurs de l’agro-alimentaire à échapper au multinationales, contrairement aux sodas, bières, produits laitiers et céréales.
 
Raoul Marc Jennar démonte un à un les arguments et propositions de la Commission Européenne. Il analyse également son fonctionnement et celui de la très médiatisée Commissaire à l’Agriculture qui la préside : Mme Mariann Fischer-Boel, députée libérale dirigeant d’importants élevages intensifs de porcs. Mais au-delà de la critique, Raoul Marc Jennar expose également des contre-propositions, notamment appuyée sur celles de la Confédération Paysanne. Celle-ci a en effet lancé voici quelques temps déjà une importante pétition « contre les naufrageurs du vin ». Voilà donc un ouvrage dense et éclairant, pour mieux comprendre les enjeux des débats actuels sur l’économie du vin.
 
L’ouvrage de Roland Feredj, joliment sous-titré « entre fatalité et espoir » nous dévoile les coulisses des évolutions en cours de notre système des AOC françaises (au nombre de 540 actuellement). Au passage, il égratigne avec humour et lucidité tous ceux qui conduisent ce système, le transformant en « avion rempli de pilotes ». En surface, peu de choses semblent changer. L’INAO devient Institut national de l’origine et de la qualité, ce qui montre clairement l’évolution de son rôle de contrôle et de labellisation. Les syndicats d’appellation deviennent ODG (organismes de défense et de gestion) où l’adhésion est obligatoire, mais le pouvoir moindre. Puisque l’acte capital des syndicats (accepter ou refuser un vin à l’agrément) sera désormais réalisé par un organisme externe. Romand Feredj démonte la mécanique de ces changements, qu’il n’hésite pas à qualifier d’OPA « amicale mais ferme », dans un livre un peu obscur pour le non spécialiste et aux arguments parfois un peu raccourcis (notamment sur les propositions de la Commission Européenne).
 
Il est cependant clair que, quel que soient les évolutions législatives à venir, le destin de la viticulture sera de moins en moins aux mains des viticulteurs eux-mêmes.
 
 
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Menaces sur la civilisation du vin. Raoul Marc Jennar. 
78 pages.
Editions Aden. 2007. 8 €
 

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O.P.A. sur la viticulture. Roland Feredj. 
94 pages.
Editions Féret. 2007. 18 €
 
NB : par « Nouveau Monde » on entend généralement les USA, l’Argentine, le Mexique, le Chili, le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Cette liste me semble déjà dépassée devant l’ampleur des ambitions de développement de certains pays asiatiques (voir notamment le hors série de Géo consacré au vin dans le monde).


Voir la dernière communication de la Commission sur la réforme.

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Vendredi 28 septembre 2007
Saison des vendanges et des foires aux vins, l’automne nous apporte également son lot de numéros « spécial vins » dans la presse magazine. Malheureusement, bien peu d’entre eux sortent du lot.
 
Orchestré par Jacques Dupont, Le Point a tiré en premier avec un spécial datant du 6 septembre. Comme à son habitude, il met quelques appellations à l’honneur, parmi celles faisant un travail de fond pour l’amélioration de leur qualité. Baisse des rendements, viticulture plus en harmonie avec l’environnement, vinifications plus respectueuses des terroirs, … année après année, les articles du Point semblent nous dessiner une lente mais profonde révolution, la plupart du temps menée par les plus jeunes vignerons. Douze appellations françaises, auxquelles se joint le Xérès, se déclinent en autant de reportages. Une belle sélection de près de 500 vins (dont près de 120 à moins de 8 euros) nous est également proposée. Notons qu’aucun d’entre eux ne se retrouve dans le volet du magazine consacré aux foires aux vins …
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Le magazine Géo ne s’intéresse d’ordinaire guère au vin. Son hors série titré « La folie des vins du nouveau monde » est pourtant remarquable. Car loin d’une folie, c’est une nouvelle mondialisation de la viticulture qui est en train d’émerger, sous l’effet conjugué du réchauffement climatique et de l’extension de la passion du vin au travers le monde. L’acception « Nouveau Monde » va très rapidement s’élargir, incluant par exemple nombre de pays asiatiques. Autre pays avec lequel il va falloir compter : la Géorgie, qui, sous l’effet de l’embargo russe sur ses vins, mène actuellement une intense politique d’amélioration de la qualité. Et le potentiel est là, dans ce pays qui est, ne l’oublions pas, le berceau du vin. Outre les reportages qui font la renommée de Géo, ce numéro contient également quelques articles de fonds sur la consommation du vin, ainsi qu’un petit guide présentant une jolie sélection de vins bio français.

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L’Express, qui constitue généralement l’autre référence des numéros spéciaux avec Le Point, s’associe à présent à la Revue des Vins de France. Du coup, à l’instar de leur hors série de ce printemps, leur spécial vins ressemble à un sous-produit de la RVF. Vie Pratique Gourmand s’est par contre associé à l’éditeur du « Vin pour les nuls ». Le résultat est loin d’être nul, bien que destiné davantage à l’amateur débutant qu’au confirmé. Citons encore Le Monde 2, avec un supplément très sommaire ou Elle à Table, avec un supplément « les Moments du Vin » qui laisse songeur par la faiblesse de son contenu. Une rencontre entre un « nez » et un œnologue autour des arômes de quelques très grands crus vaut cependant le détour.
 
Bref un millésime 2007 assez inégal, avec tout de même quelques bonnes surprises.
 
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Lundi 17 septembre 2007
Nicholas Faith : La Bourgogne et ses vins 

Si pour vous le mot bourgogne est synonyme de casse-tête complexe des appellations et de hiérarchie obscure des crus. Si vous ne distinguez pas spontanément les Hautes-Côtes de Beaune des Hautes-Côtes de Nuits, ou encore Pouilly-Fuissé de Pouilly-Fumé. Si vous vous interrogez sur le rôle central qu’un hospice peut avoir dans le commerce du vin. Bref, si vous souhaitez enfin y voir clair en matière de Mazis-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Corton-Charlemagne et autre Puligny-Montrachet, alors ce livre est pour vous.
 
Ecrit par un Américain amoureux de la Bourgogne, il vous offre un panorama complet et clair de son histoire, de son ampélographie et de sa géologie. Vous y croiserez ceux qui ont fait de cette région et de ses vins un sujet de fierté nationale. Philippe Le Bon, qui expulsa le gamay au profit du pinot noir. Aubert de Villaine, qui veille à la destinée des vins du DRC avec une rigueur toute cistercienne. Ou encore l’injustement méconnu Etienne Kayser, instituteur qui batailla plus de vingt ans pour sortit les Hautes-Côtes de l’ornière. Sans parler de Jean-François Bazin, sans doute son meilleur ambassadeur, dont les paroles viennent soutenir en écho ceux de Nicholas Faith. Beaujolais et Chablis sont également de la partie.
 
Tout cela avec l’art de simplifier les sujets complexes dont savent si bien faire preuve nos amis anglo-saxons. Mais sans langue de bois ! Car Nicholas Faith n’hésite pas à égratigner les travers dans lesquels tombent encore de trop nombreux négociants et viticulteurs : extension immodérée des surfaces, course au rendement, non-respect de l’environnement, survente de vins à la réputation parfois usurpée, ... Les images d’Andy Katz, qui jette un regard automnal, parfois nostalgique, sur des paysages tout en demi-teinte, illustrent parfaitement le texte. De plus, différentes cartes viennent apporter d’utiles précisions géographiques.
 
Enfin, quelques anecdotes viennent égayer le sérieux du propos. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer celle-ci : après son échec au référendum de 1969, le général de Gaulle lança à tante Yvonne un « On ne va pas se laisser abattre. Allez me chercher une bonne bouteille d’un vin de Méo ! » Un clos Vougeot d’un beau millésime. Ce n’est pas chez les Sarkozy qu’on verrait cela ...
 
 

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La Bourgogne et ses vins. Nicholas Faith. Photographies d’Andy Katz. 144 pages. Editions Solar. 2002. 24,70 €.
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Dimanche 26 août 2007
Pierre Seltz : Voyage dans le monde du vin
 
Il est rare qu’un viticulteur prenne la plume pour nous conter avec tant d’érudition, non seulement son histoire ou celle de son vignoble, mais celle du vin lui-même, compagnon étroitement lié à l’humanité et à son histoire, depuis quasiment la nuit des temps.
 
Cette aventure commune débute-t-elle en Mésopotamie ? Ce que l’on peut considérer comme le plus ancien livre de cave y date en effet de quelques 4000 ans, recensant l’état des rendements et des stocks. Mais d’autres hypothèses font remonter la culture de la vigne au VIIème millénaire avant Jésus-Christ, en Géorgie. Ou encore aux Sumériens, sur la foi de l’un des plus anciens poèmes de l’humanité, écrit sur des tableaux d’argile : l’épopée de Gilgamesh, où déjà le vin avait une place centrale.
 
Pierre Seltz reconstitue le parcours des raisins depuis les montagnes de Zagros jusqu’au Caucase. Il hume les boissons fermentées, vraisemblablement assez rustiques, qui alimentaient festins et libations. Il observe le trajet des amphores et plus tard, après leur invention par les Gaulois, celui des tonneaux. Il navigue sur les radeaux de l’Euphrate, les bateaux de roseau du Nil, les navires crétois, les trirèmes grecs, les galères romaines ... Et partout le vin fait partie des biens les plus importants à bord, même Noé a emporté de la vigne sur son arche. Car la route du vin croise la route de la soie, les chemins des épices, les trajets des métaux précieux. Tous les peuples de la Méditerranée ont assis leur puissance avec son commerce et en retour lui ont offert d’étendre son espace. Rois, empereurs, guerriers, commerçants, moines ... ont été ses maîtres comme ses serviteurs.
 
Et Pierre Seltz ne nous conte pas cette saga depuis son bureau ou sa bibliothèque. Globe-trotter infatigable, il a parcouru les pays qu’il évoque. Il a retrouvé une liane de vitis sylvestris au fond du grand canyon du Colorado, a pris en main les outils des antiques vignerons, a mis ses pas dans ceux des marchands grecs ou phéniciens. Le voyage auquel il nous invite est non seulement dans le temps, mais aussi dans l’espace. Il nous fait découvrir les vignobles d’aujourd’hui et leur histoire. Etats-Unis, Australie, Italie, Espagne, Portugal ... nous sont contés à la fois par leur histoire vitivinicole, mais aussi par les hommes, les terroirs et les cépages. Pierre Seltz, en tant que vigneron, a longuement fréquenté ses homologues de ces pays et nous fait partager leur aventure.
 
La présentation des principaux cépages est également très complète, vue par un homme de métier, qui les a donc travaillés, fréquentés de manière intime. Il en va de même pour le chapitre consacré à la dégustation, élevée au rang de véritable art de vivre. Richement illustré et écrit avec passion, ce livre nous permet de croiser Gilgamesh, Ulysse ou encore Charlemagne, tout autant que de découvrir la richesse des vignobles de France et d’ailleurs. Car c’est un homme passionné qui nous invite à partager les connaissances qu’il a acquises au cours du voyage d’une vie dans le fabuleux monde du vin.
 

 
 

 

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Mercredi 15 août 2007
Sylvie Girard-Lagorce : Je ne sais pas goûter le vin

 

Ne vous fiez ps au titre. Derrière cette accroche se cachent en fait toute une foultitude d’informations et de conseils qui pourraient intéresser plus d’un amateur se croyant éclairé. Car Sylvie Girard-Lagorce nous y dévoile de manière claire bien plus que les bases que doit maîtriser tout œnophile qui se respecte. Tout cela sur un ton vivant, avec beaucoup de pédagogie, en évitant la simplification outrancière.

 

Pour commencer, nous apprenons à décomplexer. Onze questions-réponses ouvrent le bal, nous montrant que si le sujet n’est pas évident, il est également moins complexe qu’il n’y parait, pour peu qu’on l’aborde avec bon sens. A les lire, le néophyte se dit d’emblée qu’il n’est pas le seul à avoir du mal à différencier un bon d’un grand vin, mais que cela lui est accessible pour peu qu’on ne lui explique pas en langage jargonnant.

 

Passée cette introduction, un panorama général du vin est présenté, non par pays, régions, appellations ou cépages, mais par couleurs. Du blanc clair au rouge très foncé, en passant par le rosé et les bulles : la ronde des couleurs a l’avantage de la simplicité, tout en parlant immédiatement au lecteur. Cépages et appellations ont ainsi abordés à partir d’un point d’entrée immédiatement accessible à tous.

 

De l’élaboration à la vente, du bon usage des guides à la dégustation en passant par la cave, de la compréhension des étiquettes aux accords mets-vins (avec également quelques recettes savoureuses), ce livre ne laisse aucune facette dans l’ombre. Il fourmille de conseils, souvent de bon sens, mais ce sont justement ceux-là qu’on pense rarement à donner aux amateurs. Et surtout, il permet de relativiser les doctrines qui prévalent sur le vin. Un exemple : la température de dégustation. Sylvie Girard-Lagorce confronte les avis de six sommeliers et cuisiniers renommés, mettant bien en évidence que la température idéale est aussi affaire de contexte et de préférences personnelles (à l’intérieur tout de même d’une certaine fourchette !). Apprenons donc à découvrir les nôtres, plutôt que de suivre docilement les préceptes.

 

Avec ce livre, plus personne ne pourra dire « je n’y connais rien ». A s’offrir et à offrir à tous ceux qui hésitent encore à franchir la porte de l’univers du vin.

 

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Je ne sais pas goûter le vin. Sylvie Girard-Lagorce. 188 pages. Flammarion. 2002. 16 €.
Egalement en poche (sortie imminente, fin août 2007) aux éditions J'ai Lu. 5,60 €.

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par Hub publié dans : L'oenothèque
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