Lundi 3 septembre 2007
Voici revenu le temps des foires aux vins en grande distribution. Je n’avais pas particulièrement l’intention d’y faire une razzia cette année. C’était sans compter sur la puissance suggestive de la pub … En week-end dans ma petite maison de campagne dans l’Est de la France, je trouve le traditionnel prospectus d'une trentaine de pages dans ma boite. Armé d’un guide et de quelques numéros de la RVF, je l’épluche consciencieusement.
 
Pas de vins bio, peu de petits producteurs. Bordeaux se taille, comme toujours, la part du lion avec près de la moitié des références. Je note l’arrivée des 2005, ce second millésime du siècle qui a fait grimper le thermomètre des prix, sans que la tiédeur du 2006 ne l’ait fait redescendre. Peu de grands crus cependant, quelques seconds vins, dans l’ensemble on est plutôt bourgeois ou générique dans ces foires, les prix sont donc relativement sages. Au passage, je les compare avec les tarifs primeurs. Voici par exemple Fieuzal, dont 12 bouteilles m’attendent sagement, achetées en primeur avec une économie de … moins de 30 cents par bouteille par rapport à l’hypermarché. Et encore, avais-je bien comparé les prix avant de m’engager, les plus intéressants étant souvent ceux de la Cave Augé. Mais avec une économie de 1 à 2 %, est-ce rentable d’avancer et donc d’immobiliser le montant de la commande ? Sans parler de ceux qui auront payé plus cher en primeur !
 
Au final, je trouve une demi-douzaine de vins qui me semblent intéressants au milieu des quelques 400 références présentées. Nous sommes le premier jour de la foire, tout devrait donc être disponible, banco ! j’y vais.
 
Me voici sur place, face à un grand chapiteau érigé pour l’occasion sur le parking. La météo est mitigée, la température ou la tente restera donc correcte et les vins n’auront pas été stockés au soleil. Je vogue sur un fleuve de caddies, entre des berges de cartons et des monts de caisses, avec l’étrange impression de traverser le Styx. Me frayant un chemin, j’arrive au bar où les vins sont offerts à la dégustation par deux vendeurs dont le professionnalisme me laisse coi. Cherchant une bouteille de Moulis parmi les Beaujolais et de Madiran parmi les Côtes-du-Rhône, ces deux là n’ont pas du réviser leur géographie viticole. A moins qu’ils n’aient été débauchés in-extremis le matin même du rayon charcuterie ou électroménager.
 
Les bouteilles sont ouvertes sans enlever la capsule d’aluminium. Les bouchons sortent donc mal et se cassent, d’où d’abondants petits morceaux de liège flottant dans les gobelets de plastique servant de verres de dégustation. Le conseil se limite à un « celui-ci est cent fois mieux que l’autre ». L’attente est longue, permettant d’engager de passionnantes conversations sur le manque de vendangeurs alors qu’yaka faire bosser les chômeurs mon bon monsieur. Quelques Allemands s’impatientent, sans-doutes habitués à une organisation un peu plus efficace. Le prospectus distribué outre-Sarre précise que tous les vins peuvent être goutés. Je prie pour qu’il ne comprenne pas toutes les références, tant la perspective de voir verser quelques gouttes d’Yquem dans ces gobelets m’effraye.

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Enfin, j’arrive tant bien que mal à mes fins : goutter mes six présélectionnés, modeste Graal en ce samedi matin à la périphérie d’une ville de l’Est. J’écarte les étoilés Parker en Chateauneuf-du-Pape et en Crozes Hermitage, j’avais pourtant cru qu’il était revenu du bodybuilding œnologique. J’abandonne à regret Chasse-Spleen, qui n’est pas rentré et m’aurait obligé à passer commande. Je charge Rollan de By, honorable cru bourgeois, et Montus, référence en Madiran, avant de me diriger vers le serpent qui s’avance lentement vers les caissières.
 
J’en profite pour loucher sur les caddies de mes congénères et de les comparer au mien, avec ses deux modestes caisses en tapissant le fond. Les chariots s’effondrent presque sous le poids des bouteilles. Devant moi, un costaud en treillis pousse fièrement ses cinq caisses de magnums de Cantenac Brown 1982. Lui a-t-on dit que ce n’était pas une année formidable et que même à 69 € le flacon, ce n’était pas forcément une bonne affaire ? Mais mise à part cette débauche luxueuse, ce sont les offres à un carton gratuit pour deux achetés qui sont plébiscitées : crémants d’Alsace à 3,99, Corbières et Côtes-de-Blaye à 2,66, Cabernets d’Anjou à 1,99 ou encore Muscadets à 1,66.
 
Même si toutes les foires aux vins ne se ressemblent pas, la grande distribution restera toujours la grande distribution. Les cavistes ont encore de beaux jours devant eux, et c’est tant-mieux !
par Hub publié dans : A propos de ...
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