Mercredi 26 décembre 2007
La lumière de midi ne pesait pas
mais dansait légère sur les vignes.
Lettrines
2
Julien Gracq, l’un des plus grands écrivains de langue française, vient de nous quitter à l’âge de 97 ans. Il n’est pas dans mon propos de faire le panégyrique de l’auteur du
Rivage des Syrtes. Journalistes et hommes politiques s’y sont déjà bien employés depuis dimanche, avec d’autant plus de bruit et d’agitation que leur propre conduite est éloignée de celle
de l’écrivain. Toute son oevre, mais aussi sa vie, semblent en effet guidées par une exigence éthique et une rigueur stylistique ne souffrant pas la médiocrité.
« Pendant trente ans, on m'a présenté comme celui qui a refusé le Goncourt ; et maintenant
comme l'ermite de Saint-Florent ... » Qu’il refuse le prix Goncourt ou qu’il s’éloigne volontairement de la vaine agitation que représentait pour lui la vie parisienne, il s’agit bien
là de la conduite d’un homme libre. Un homme capable de tourner le dos aux honneurs quand ceux-ci risquent de le détourner de sa voie, là où tant d’autres se prostituent pour les cinq minutes de
célébrité qu’Andy Warhol a promis à tous. Un homme qui cultivait l’indépendance d’esprit, la fidélité à soi et ... la vigne. Julien Gracq faisait son vin. Un des derniers hommes vraiment libres,
vous dis-je.
Julien Gracq par Henri Cartier-Bresson
ou la rencontre de deux génies de l'ombre et de la lumière
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