Le flot automnal des primeurs provoque, pour l’immense majorité des bouteilles, indifférence ou mépris chez l’amateur, voire
déprime celui-ci profondément. Or voici un vin qui, s’il n’a pas fait la une des imprimés du soir, fait tout de même couler un peu d’encre. De prime abord, pas de quoi passer en prime-time sur nos
écrans : un Côtes-du-Rhône primeur 2007, produit par l’exigeant Marcel Richaud à Cairanne (Vaucluse), robe violine, nez fruité loin des arômes artificiels de bonbon ou de griottine, bouche
primesautière et fraiche, non dénuée de structure. Bref, enfin un primeur intéressant méritant bien une prime.
C’était sans compter sur le niveau primaire de réflexion de l’INAO, dont la commission lui a refusé l’agrément. Motifs bien
primitifs : « caractère non primeur » et « absence de typicité » ... De quoi avaient-ils donc peur ? D’un primeur sortant du rang de la médiocrité pour jouer la
prima donna ou le primus inter pares. Encore un exemple montrant à quel point il est primordial de réformer le système des AOC. Primo, parce qu’il n’est nullement sélectif. Secundo, et
c’est là le plus dépriment, parce qu’il supprime parfois l’agrément à des vins dont le seul tort est de ne pas se comporter en primate singeant la banalité ambiante. Nullement opprimé, Marcel
Richaud ne présentera pas l’Ebrescade, sa meilleure cuvée, à la prochaine commission, qui n’en aura donc pas la primauté. Gageons que, si cela ne fera ni chaud ni froid aux primevères, les
amateurs ne se laisseront pas rebuter par la mention « vin de table » qui lui échoira.
Derniers commentaires