"Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s’enivrer sans
trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous !" Je ne savais pas que je me mettais en danger en plaçant cette citation de Baudelaire en exergue de mon blog, voici quelques
semaines. Promotion déguisée d’une boisson alcoolisée, voire incitation provocante à la débauche, mon compte est bon. Et l’alibi culturel ne me sauvera pas. Pire, on trouvera sur ce blog quelques
commentaires de dégustation de bonnes bouteilles qui pourront être versés (les commentaires, pas les bouteilles) au dossier, à charge bien entendu. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Quels sont ces
risques insensés que prennent actuellement les bloggeurs, et plus largement tous les journalistes et écrivains, en partageant leurs appréciations sur un vin ? Comment en France, pays du vin par
excellence, en est-on arrivé là ?
Et pourtant des médecins en produisent même ...
L'ANPAA (Association Nationale pour la Prévention en Alcoologie et Addictologie) vient d’obtenir coup sur coup plusieurs condamnation en
justice. La première concerne un article élogieux à propos de plusieurs champagnes, publié dans Le Parisien au mois de décembre. Selon l’ANPAA, suivie par le Tribunal de Grande Instance de Paris,
de tels articles équivalent à de la publicité au sens de la Loi et devront donc porter dorénavant la mention obligatoire en matière de publicité sur les produits alcooliques en France : "L'abus
d'alcool est dangereux pour la santé".
Cette décision assimile de manière hâtive et grossière le journalisme, dont le but est
d’informer, notamment sur la qualité des produits, à la communication publicitaire dont le but est de faire vendre et consommer. La FIJEV (Fédération International
des Journalistes et Ecrivains du Vin et des Spiritueux) lance une pétition pour protester contre cet amalgame et n’exclut pas de se constituer partie civile dans un procès en
appel.
La fin du vin sur Internet ?
Une autre condamnation du Tribunal vise la société Heineken. Sans rentrer dans les détails
de l’affaire, ce qu’il faut en retenir c’est qu’Internet n’est pas listé par la Loi Evin parmi les supports sur lesquels la publicité pour l’alcool est autorisée (presse écrite, radio, affiches,
...). Tout simplement parce qu’il n’existait pas au moment où cette Loi a été votée (1991). Or, le Tribunal rappelle que, s’agissant d’un texte pénal, on ne peut pas l’interpréter à l’aune du bon
sens (admirez la formule qui sous-entend l’absence de bon sens) et qu’il faut s’en tenir à son expression littérale. Il est donc interdit de faire de la publicité pour l’alcool sur
Internet.
Conséquence directe, tous les sites promotionnels en rapport avec l’alcool devraient être
fermés (ou hébergés à l’étranger avec un système de filtre en interdisant l’accès aux Français ...) : sites promotionnels des négociants, cavistes, vignerons, opérateurs d’oeno-tourisme,
syndicats professionnels. Quant à la presse Internet et aux blogs, si l’on se réfère à la condamnation du Parisien, ils peuvent être considérés comme de la publicité et de ce fait sanctionnés au
nom de la loi Evin. Là aussi, une pétition circule sur Internet, initiée par le site Findawine. Voyez la vidéo ci-dessous pour avoir plus
d’explications :
A l’heure ou la filière viticole, qui contribue largement au rayonnement culturel et économique de la France, est en
crise, ces condamnations jettent le trouble. Que cherche-t-on à faire ? D’autres pays ont fait de la défense de leur viticulture une cause nationale (Portugal) ou lancent des études très
sérieuses sur les effets bénéfiques d’une consommation modérée et régulière de vin (aux Etats-Unis par exemple, pays dont on raille parfois l’attitude hygiéniste, mais dont on aurait peut-être
quelques leçons prendre). A l’inverse, en France on préfère assimiler le vin aux drogues, suscitant l’incompréhension à l’étranger (voyez par exemple l’article de Matthieu
Turbide).
Mais quelle est donc cette puissante ANPAA, aux buts par ailleurs forts nobles ? Un coup
d’œil à leur site se révèle assez instructif. Vous trouverez également une analyse sur le blog de Berthomeau, dans un article très complet, où il a notamment épluché les comptes de l’association.
Les exportations de vins et spiritueux français se sont montés à 9,34 milliards d'euros en 2007, soit un record historique, représentant l'équivalent de 180 Airbus A320.
Ces exportations dépassent largement les importations, l'excédent commercial étant 8,2 milliards d'euros (soit le deuxième excédent commercial après l'aéronautique).
Le secteur a ainsi gagné 6,9 % (après un gain de 12,6 % en 2006), plus précisément : le champagne a gagné 10,4 % (2,36 milliards) et les vins tranquilles 7,1 % (4,16 milliards).
Pour ces derniers, on note cependant des différences importantes : Bourgogne + 21,5 %, Bordeaux + 8,8 %, Beaujolais - 8,7 %, Languedoc-Roussillon - 2,5 %.
Les Etats-Unis, jamais lassés par le "French paradox", restent le premier marché d'export pour la France. La consommation mondiale, quant à elle continue sa hausse, pour environ 6 % en 2007, toujours selon la FEVS.