Jeudi 8 mai 2008

Anne-Marie Royer-Pantin : La Rose et le vin.

Le vin nourrit l’imaginaire depuis l’antiquité, démontrant à quel point il est symbole avant d’être boisson. Tant de mots ont été inspirés par la vigne et son nectar : descriptions des paysages où s’épanouit le pampre, évocations des travaux des vignerons, notes de dégustations, ... A travers les âges et les styles, qu’ils soient lyriques, nostalgiques ou admiratifs, toujours ces mots nous disent la bonté de la terre, la beauté du monde, le bonheur d’exister.

Les écrivains ont rarement le vin triste. Romanciers, poètes, chroniqueurs, essayistes, nombreux sont ceux qui ont démontré au travers la richesse et la diversité de leurs écrits à son propos, que le vin était bien le reflet de la culture à son plus haut degré. Quand ils ne cultivent pas eux-mêmes la vigne, à l’instar d’Alphonse de Lamartine, Montesquieu, ou plus près de nous Jules Romain, Pierre Halet, François Mauriac ... Le propriétaire de Château Malagar a perçu la tragique beauté de son destin : « A peine la vigne a-t-elle passé fleur, la future récolte couvre le coteau ; mais il semble qu’elle soit là comme ces jeunes bêtes que le chasseur attache et abandonne dans les ténèbres pour attirer les fauves : des nuées grondantes tournent autour des vignes offertes » écrit-il dans Le Nœud de vipères.

Anne-Marie Royer-Pantin a composé un admirable bouquet avec les plus belles et les plus évocatrices des lignes écrites sur la vigne et le vin. Un bouquet tel un voyage à la découverte de lieux (paysages, architectures) et de gestes (beaux-arts, travaux à la vigne et au chai, dégustation) en compagnie de belles plumes. 
 

  « Célébrer la rose et le vin, c’est rendre un même hommage à la Beauté,
c’est faire la part belle à la sensualité, à l’émotion, à la fascination, à l’esthétique ». 


La Rose et le vin
. Anne-Marie Royer-Pantin.
158 pages.
Editions Klincksieck. 2007. 17 €.

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Dimanche 20 avril 2008

Pierrick Bourgault : D’amour et de vins nouveaux.

« Se lit d’une main. De l’autre un verre de vin » nous avertit son éditrice, afin que nous nous aventurions dans l'univers très personnel de Pierrick Bourgault dans les meilleures conditions. Comme autant de récits de voyages, il nous offre-là un recueil de seize nouvelles à l’érotisme délicieusement canaille. Le vin n’y joue pas les premiers rôles, mais peut-on lui en vouloir ? Stimulant ici les sens, faisant patienter là l’amoureux attendant sa belle, formant parfois un simple élément du décor, où s’absentant momentanément pour mieux revenir au chapitre suivant, il sait adapter sa présence et se montrer discret devant l’étreinte des amants.

Seize nouvelles et autant de tranches de vies, légères et joyeuses, ou davantage marquées par les accidents, mais toujours dynamiques et tendues vers la recherche de l’autre, vers l’union qui leur donnera ou leur rendra sens. Les corps se cherchent, s’apprivoisent, s’unissent, se séparent parfois, mais toujours les âmes savent que leur étreinte n’est pas veine. A la manière d’une gorgée de vin, elle leur aura donné, ne serait-ce que l’espace d’un instant, un aperçu de la promesse des Dieux. D’amour et de vins nouveaux est certes plus un livre de plaisir immédiat que de grande garde : il gagne à être dégusté sur le fruit, défendu bien sûr.



D’amour et de vins nouveaux. Pierrick Bourgault. 170 pages. Editions L’Iroli. 2007. 13 €.

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Dimanche 6 avril 2008

Albert Adam & Jean-Luc Jault : Le bonheur est dans le vin.

Plaisir et santé ! Voilà les deux crédos de ce livre canadien qui nous propose une approche décomplexée du vin, à mille lieux des visions conformistes de bien des auteurs de ce côté-ci de l’Atlantique. Copieusement illustré, agrémenté de nombreuses citations, complété de très intéressantes vignettes « le saviez-vous ? », sa lecture est aussi agréable qu’instructive. Ecrit à 4 mains et s’organisant autour de 3 parties, il aborde successivement l’histoire du vin, sa dégustation et ses effets sur la santé.

Si bien des spécialistes s’amusent (!) aujourd’hui à rendre le vin plus complexe qu’il n’est en réalité, à le snobinardiser (comme l’écrivent joliment nos auteurs québécois), telle n’est pas l’intention de ce livre. La partie historique montre que l’homme entretient depuis plusieurs milliers d’années une relation simple avec le vin, où priment le plaisir et la convivialité. La dégustation se doit de revenir à ses fondamentaux et d’être abordée de manière claire, simple, voire ludique. Cette approche permet de battre quelques idées reçues et dogmes en brèche. Certes, on ne s’adresse pas ici à des professionnels chevronnés, mais l’amateur éclairé y trouvera largement de quoi abreuver sa soif de savoir.

Ecrit par un chercheur en sciences biomédicales, la partie traitant des bienfaits du vin sur la santé est un peu plus ardue. On y apprend de manière détaillée les mécanismes par lesquels le vin (plus précisément, certains composants du vin, en particuliers du vin rouge) permet de réduire les risques d’affections cardiaques (maladies coronariennes, ...), de contribuer à la prévention de la maladie d’Alzheimer, voire du cancer, ou encore de lutter contre certaines affections bactériennes. Il explique notamment le fameux paradoxe français, identifié par des chercheurs dès 1979, montrant qu’à l’exception de la France, le taux de mortalité par affection cardiovasculaire était, dans 18 pays industrialisés, toujours proportionnel à la consommation de graisses saturées.

L’auteur s’appuie sur de nombreuses études scientifiques démontrant le plus souvent la corrélation entre une consommation modérée de vin et une meilleure santé. Il en souligne également les limites, notamment quand il s’agit de mieux comprendre les bases biologiques de la relation entre le vin et la santé. Des recherches passionnantes restent à mener dans ce domaine, nous conduisant peut-être à terme vers un autre rapport au vin, où celui-ci sera consommé aussi pour ses vertus prophylactiques. Que de bonheur en perspective !

 

 
Le bonheur est dans le vin. Albert Adam & Jean-Luc Jault. 192 pages. Editions de l’Homme. 2006. 28 €.

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Lundi 24 mars 2008

Pas de livre cette semaine, mais un petit bijou garanti d’époque déniché sur YouTube, nommé Le Vin. Georges Brassens, entouré d’une joyeuse bande de copains, y pousse une chansonnette assez peu connue où un œnophile (!) justifie son penchant pour la bouteille en enchainant les jeux de mots et les références. Ce « clip » date de juin 1957 et s’il est un peu statique voire kitch (avec son faux décor de ferme), il y règne une atmosphère de liberté bonhomme qu’on ne voit plus guère cinquante ans après. Se servir des canons et allumer des goldos à tire-larigot ce n’est pas très politiquement correct et ne passerait certainement plus aujourd’hui ...

                 

 


Quelques extraits des paroles, afin que vous puissiez profiter de toute la verve de Brassens :



« Avant de chanter 
   Ma vie, de fair' des 
   Harangues 
   Dans ma gueul' de bois 
   J'ai tourné sept fois 
   Ma langue 
   J'suis issu de gens 
   Qui étaient pas du gen- 
   re sobre 
   On conte que j'eus 
   La tétée au jus 
   D'octobre... »
......
« Quand on est un sa- 
   ge, et qu'on a du sa- 
   voir-boire 
   On se garde à vue 
   En cas de soif, u- 
   ne poire 
   Une poire ou deux 
   Mais en forme de 
   Bonbonne 
   Au ventre replet 
   Rempli du bon lait 
   D'l'automne... »

Paroles et musique de Georges Brassens. © Editions Musicales 1957.

Vous trouverez Le Vin sur l’album « Je me suis fait tout petit », sorti au milieu des années soixante avec des chansons plus anciennes. Cet album constitue à présent le 4ème volume de l’intégrale « Elle est à toi cette chanson » en 15 CD, aux éditions Mercury. 

                                           

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Lundi 17 mars 2008
Mathilde Hulot & Franck Mulliez : Terres de vignes – Voyages au-dessus des vignobles de France.
 
Le magazine Géo s’est décidément pris de passion pour le vin et les paysages viticoles. En parallèle d’un hors-série très complet sur le développement viticole du Nouveau Monde (cf. article du blog) il a édité cet ouvrage qui nous invite à prendre de la hauteur sur nos propres vignobles. L’ensemble des régions viticoles françaises y sont en effet présentées au travers de nombreuses photos aériennes (près de 150) et de textes très complets.
 
C’est toute la diversité de nos paysages qui défile ainsi au fil des pages. Franck Mulliez, nous invite à monter à bord de son hélicoptère et nous emmène du Nord au Sud, d’Est en Ouest. En sa compagnie nous survolons les petits et grands domaines, les châteaux comme les clos. S’accrochant aux coteaux ou s’étalant paresseusement dans les plaines, la vigne défile inlassablement sous nos yeux.
 
Il n’est pas loin des yeux aux papilles. Celles-ci se mettent en éveil à l’évocation lyrique des appellations dans les textes de Mathilde Hulot. Ses écrits accompagnent subtilement les images : émotion, sensibilité, humilité devant le labeur conjugué de la nature et des hommes, mais aussi données sur l’histoire et la géographie des régions viticoles, ainsi que des informations de nature plus technique.
 
Une véritable invitation au voyage, par deux connaisseurs en la matière. Franck Mulliez a en effet signé de nombreux reportages et livres « vus du ciel ». Quant à Mathilde Hulot, elle nous a déjà enchantés avec un très beau livre de portraits « Visages de vignerons - Figures du vin » (éditions Fleurus, j’aurais d’ailleurs aussi pu le mentionner dans mon dernier article, consacré à des livres de portraits), ainsi qu’un livre sur les vins de Tokaj (éditions Feret), tous deux en compagnie de Patrick Cronenberger. Egalement journaliste pour la RVF, elle vient de recevoir le prix Amunategui-Curnonski pour ce voyage au-dessus des vignobles de France.
 
 

 
Terres de Vignes. Mathilde Hulot (textes), Franck Mulliez (photos). 192 pages. Editions Géo / Prisma-Presse. 2007. 32 €.
 
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Samedi 8 mars 2008
Philippe Quesnot, Sylvie Augereau et Michel Tolmer : Vins d’yeux. 
Jean-Claude Ray : Vignerons rebelles.
Georges Bardawil et Isabelle Rozenbaum : Une promesse de vin.
 
 
Quand un photographe, une écrivaine et un illustrateur décident de délirer avec leurs amis vignerons et amateurs de bons vins, ça déménage ! Affublant leurs victimes de grosses lunettes en carton, ou les rapetissant au moyen d’un étrange effet d’optique, ils leur donnent de drôles d’allures de clowns ou de lutins malicieux. Avez-vous reconnu Marcel Richaud (voir un article récent sur son dernier primeur) en couverture ? Malheureusement, cette sympathique plaisanterie entre copains peut lasser assez vite. Les effets spéciaux utilisés par le photographe sont très répétitifs et les textes présentant les vignerons, certes humoristiques, mais extrêmement succincts et apportant peu d’informations sur eux.
 
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Vins d’yeux. Philippe Quesnot, Sylvie Augereau et Michel Tolmer.
160 pages. Editions Ellébore. 2007. 27 €.
 
 
Les éditions Ellébore avaient sorti l’an précédent un ouvrage bien plus complet, où l’on retrouvera quelques-uns de nos lutins, avec cependant un ton moins drôle. L’accent est bien entendu mis sur la philosophie de leur démarche, leur dynamisme et leur volonté d’aller de l’avant. Mais les nombreux déboires que peuvent connaitre ces « vignerons rebelles », notamment avec les instances professionnelles, avec ne sont pas occultés.
 
Mais qu’est-ce qu’un « vigneron rebelle » ? Simplement des gens qui, souvent pour des raisons éthiques, travaillent avec des méthodes traditionnelles : viticulture biologique ou biodynamique, vinifications naturelles, utilisation de cépages anciens et typiques, respect du terroir .... A priori rien de rebelle là-dedans, si ce n’est que leur approche va souvent à l’encontre du courant dominant, surtout soucieux de produire un vin standardisé. L’utilisation de techniques non reconnues par l’agronomie moderne les conduits souvent à s’opposer aux institutions. Pourtant, la qualité de leurs vins, et donc la pertinence de leur démarche, a, dans la plupart des cas, été largement reconnue.
 
La notion de terroir est centrale dans leur démarche. Jean-Claude Ray, qui est biophysicien de profession, la définit comme « la possibilité qu’ont les racines des plantes d’atteindre une couche plus ou moins profonde (...) dans laquelle la plante puise sa spécificité. Le terroir est la combinaison d’une roche-mère et d’un climat local. Ceci à condition que les diverses couches de sols (...) soient en bon état, c’est-à-dire en condition d’être le lieu d’une vie intense ».
 
Le livre (réédition augmentée et complétée d’un premier ouvrage paru en 2004) présente ainsi 62 portraits de ces viticulteurs. Vu le nombre, la sélection a été drastique et certainement injuste, mais on y trouvera avec plaisir des gens comme Nicolas Joly, Claude Courtois, Mark Angeli, les frères Foucault, Stéphane Tissot, André Ostertag, ... ainsi que des bien moins connus à découvrir de toute urgence !
 
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Vignerons rebelles. Jean-Claude Ray
304 pages. Editions Ellébore. 2006. 21,50 €.
 
 
C’est une démarche encore différente qu’a choisie de suivre Georges Bardavil, avec Une promesse de vin, recueil d’entretiens avec des vignerons. De visites chez des vignerons devrais-je dire, tant ceux-ci partagent ici leur philosophie, leurs réflexions, leurs découvertes, mais aussi parfois leurs questions ou leurs doutes, concernant tant le travail à la vigne qu’au chai.
 
C’est avec grand plaisir que l’on écoutera ces 14 vignerons. Parmi eux se trouvent des personnes aussi différentes que Noël Pinguet, Anselme Selosse, André Ostertag, Thierry Allemand, Alexandre de Lur-Saluces, Claude Papin, Jacques Puffenay ou encore Jean Foillard. Différentes, mais partageant toutes la même exigence de respect vis-à-vis de leur terroir, afin d’en extraire ce qu’il peut exprimer de meilleur. Il est également intéressant de constater à quel point cette motivation partagée peut se décliner en des approches différentes, ne passant pas exclusivement par la biodynamie.
 
Un livre sensible et humble devant le miracle de cette promesse sans-cesse renouvelée et tenue, grâce aux talents conjugués de l’homme et de la nature. Certainement le meilleur recueil de portraits de vignerons, car allant bien au-delà du seul descriptif, et de plus admirablement illustré par les photos d’Isabelle Rozenbaum.
 
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Une promesse de vin. Georges Bardawil, Isabelle Rozenbaum.
224 pages. Editions Minerva. 2007. 38 €.
 
 
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Samedi 16 février 2008
Michel Bettane & Thierry Desseauve : Guide du vin.
David Cobbold & Sébastien Durand-Viel : Le vin et ses plaisirs.

La bataille fait rage au rayon des livres d’initiation. Les ouvrages sont nombreux, les titres parfois ronflants, les promesses souvent exagérées (vous saurez tout ...), les prix pas toujours bon marchés ... L’aspirant œnophile a de quoi se sentir un peu désorienté face à une offre pléthorique. Si ces deux livres de la collection « Repères » chez Librio ne prétendent pas faire le tour de la question, ils s’inscrivent bien dans la philosophie de l’éditeur : donner de manière claire et synthétique les points clés d’un domaine, permettant ensuite au lecteur d’approfondir par lui-même.
 
Davantage sous forme de questions/réponses et structuré de manière classique (présentation par régions, ...) le Guide du vin ravira les esprits plus analytiques. Il s’agit d’ailleurs d’une réédition mise à jour d’un ouvrage plus ancien, publié du temps ou les deux compères officiaient encore à la RVF. Plus littéraire, et parfois aussi un peu mois conventionnel, le Vin et ses plaisirs est, à mon goût, d’une lecture plus agréable, voire plus instructive. Certes, il y bien quelques redondances entre les deux. Mais au vu de leur prix, il n’y a aucune raison de se priver de l’un d’entre eux, ni d’en priver un débutant en quête de quelques solides connaissances de base.

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Guide du vin. Michel Bettane & Thierry Desseauve. 128 pages. 2000.
Le vin et ses plaisirs. David Cobbold & Sébastien Durand-Viel. 94 pages. 2003.
Editions Librio. 2 €.

 
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Samedi 9 février 2008
Très intéressant numéro de la RVF que celui de février. Outre un sensuel article sur le vin et l’amour (voyez aussi à ce sujet le subtil ouvrage de Jean-Luc Hennig, Erotique du vin, aux éditions Zulma) et un entretien où l’iconoclaste Alain-Dominique Perrin met, à juste titre, les pieds dans quelques plats bordelais, la RVF s’y est intéressée aux blogs.
 
 

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Carnets d’amateurs y partageant leur passion, ou de professionnels y partageant les joies et parfois les peines de leur métier, l’œno-blogosphère recèle de véritables perles. Même si l’œnothèque n’y est pas citée (après-tout, ce blog n’a que 6 mois d’existence), je suis tout de même ravi que la RVF ait remarqué quelques blogs amis. Beaucoup de découvertes également, parmi ces dernières j’ai particulièrement apprécié :

 
  • Méchant raisin, l'actu du vin depuis Montréal. Pas terriblement méchant, mais lucide et souvent critique à juste titre.
  • Berthomeau, lecture politique, souvent décapante mais toujours percutante, du monde du vin.
  • Le blog de Lisson, promenade sur la colline de Lisson, en compagnie d'Iris, vigneronne franco-allemande installée à Olargues au pied des Cévennes.
  • Le blog d'Olif, humour et hédonisme au programme de ce blog d'un amateur franc-comtois, beaucoup de notes de dégustations toujours très justes. 
  • Vigneron Blog, le quotidien, pas toujours très facile, d'un vigneron coopérateur. Très intéressant pour mieux comprendre ce métier de l'intérieur.
  • Winebabe, encore un blog d'outre-atlantique, tenu par une Canadienne vivant en Californie, très éclairant sur la manière dont le vin y est appréhendé, très loin de certains clichés.

A vos claviers et souris !!!
 
 
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Samedi 2 février 2008
Orlando de Rudder : Bréviaire de la gueule de bois.
 
Raide, torché, bituré, cuité, murgé, imbibé, paf, schlass, ... le vocabulaire de l’ivresse est aussi riche que celui de l’œnologie. Certes, l’ivresse n’est pas, en tous cas au-delà du seuil d’une légère griserie, un effet recherché par l’amateur de vin. Je connais même un passionné qui travaille dans le domaine de la prévention de l’alcoolisme, nulle contradiction à cela. Il y a cependant peu de chances pour que ce petit bréviaire ne devienne son livre de chevet.
 
Car ce n’est pas tant de la légère euphorie alcoolique qu’il est question ici, que de la lourde et authentique ivresse. De celle qui suit le franchissement de plusieurs bornes, provoquant d’invariables lendemains déchantants, où le poids des remords est inversement proportionnel à la légèreté des serments de « dernière fois, on ne m’y reprendra plus ... ».
 
Cette ivresse-là est une contrée où nous emmène avec humour et érudition Orlando de Rudder. Des recettes pour y pénétrer et en sortir en douceur (dont quelques-unes assez farfelues que je n’essaierais pour rien au monde), les personnages qui ont chanté sa gloire, mais aussi ses dangers et chausse-trappes, l’ivresse n’aura plus aucun secret pour vous. A consommer en modérant sa volonté de mettre en pratique.
 
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Bréviaire de la gueule de bois. Orlando de Rudder. 96 pages. Librio. 1993. 2 €.
 
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Samedi 26 janvier 2008
Jean-Robert Pitte : Bordeaux Bourgogne - Les passions rivales.
 
Voilà encore un de ces clivages qui déchaine les passions des Français : droite ou gauche, prolo ou capitalo, mer ou montagne, ville ou campagne, Ségo ou Sarko, Beatles ou Stones, ... Mais comme pour le conseiller que Brillat-Savarin fait interpeler sur le sujet, la fracture entre Bordeaux et Bourgogne (dans l’ordre alphabétique) offre à l’amateur curieux une source quasi-inépuisable de plaisir. A commencer par ce livre, que Hachette a eu l’excellente idée de rééditer en poche (oublient toutefois de reproduire les illustrations, mais on peut aisément s’en passer). Jean-Robert Pitte y décortique une à une les diverses facettes de cette ancienne querelle.
 
Ancienne ? Pas tant que cela en définitive. Puisque les deux vignobles se sont longtemps ignorés. Leurs marchés différant, ils ont élaboré des vins répondant à la culture et aux goûts de leurs clients. Jusqu’au XIXème siècle, les débouchés restent en effet très distincts, largement hérités du Moyen Age : Bordeaux exporte vers les pays accessibles par la mer (Angleterre, Irlande, pays riverains de la mer du Nord), et la Bourgogne livre à Paris et dans les contrées accessibles par les fleuves et les routes, correspondant aux régions continentales de son ancien Duché (Allemagne intérieure, Wallonie, ...). Cette géographie du goût reste aujourd’hui encore sous-jacente dans les statistiques des ventes de ces deux vins.
 
Mais comment donc, ne parle-t-on pas des terroirs et des cépages pour expliquer cette différence de style entre eux ? Sans la minimiser, Jean-Robert Pitte relativise l’influence de la géologie originelle sur le résultat final. Il n’est que de voir les améliorations considérables portées par les viticulteurs à leurs sols et sous-sols au travers des âges. Quant aux cépages, leur présence aujourd’hui ne résulte pas d’un quelconque mécanisme darwinien, mais de choix délibérés réalisés par les hommes de l’art, en fonction du résultat qu’ils souhaitaient atteindre. Les techniques même de plantation ont largement évolué dans ce sens.
 
Voilà donc des sujets qui, potentiellement, peuvent fâcher tant nos amis bordelais que bourguignons (toujours dans l’ordre alphabétique). Mais Jean-Robert Pitte, au travers cette étude très fouillée et étayée par de très nombreuses preuves scientifiques (il est lui-même géographe et doyen de la Sorbonne) et de témoignages littéraires souvent savoureux, a su rassembler tant les pièces à charge qu’à décharge de chacun des parties. Il n’hésite pas à dénoncer les contre-vérités et à prendre chroniqueurs et chercheurs en flagrant-délit de mauvaise foi, qu’elle soit pro-bordelaise ou pro-bourguignonne. C’est donc un procès équitable qu’il conduit pour notre plus grand plaisir. Procès au terme duquel ces frères ennemis sont appelés, dans le respect de leurs différences, à enterrer la hache de guerre.
 
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Bordeaux Bourgogne - Les passions rivales. Jean-Robert Pitte. 252 pages. Editions Hachette Littératures, collection Pluriel. 2007 (édition originale de 2005). 8 €.
 
 
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