Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 22:21
François Morel : Le livre des vins insolites.

                          Le voyage insolite de l'amateur de vin.


Qu'est ce qu'un vin insolite ? Il existe de nombreuses appellations, connues, voire célèbres bien au-delà du cercle des amateurs de vins. En effet, qui ne connait Bordeaux, la Bourgogne, la vallée de la Loire ou celle de Nappa, ou encore la Rioja et la Toscane ? Et bien, il existe également un autre monde, où les vins semblent avoir pris des chemins de traverse, où ils ont vécu une histoire plus locale, où enfin, ils n'ont pas succombé aux voix des sirènes d'un marketing prétendument moderne. François Morel, rédacteur en chef de la revue Le rouge & le blanc, aime ces vins, inhabituels mais toujours de très grande qualité, et nous fait partager sa passion au travers de ces deux livres.




Alors, quels sont ces vins insolites ? Des vins qui se distinguent du commun de leurs semblables, grâce le plus souvent au travail acharné et à l'amour que leur portent les vignerons. Ils se distinguent par des méthodes d'élaboration spécifiques : vins jaunes et vins de paille du Jura, vins de glace d'Allemagne ou du Canada, Jerez, Rancio, Tokaj, ... Ou par la situation atypique de leur vignoble : accroché entre ciel et mer aux Cinque Terre, à l'ombre des glaciers valaisans, d'Ile-de-France au Japon, de la Belgique aux iles de Fogo et de Cilaos, ... Ou encore parce qu'ils sont issus de cépages spécifiques : klevener de Heiligenstein, melon de Bourgogne, païen de Visperterminen, voire derniers pinots noirs champenois francs de pieds.


La place manque ici pour citer tous ces vins, qui, des plus prestigieux (Vega-Sicilia, Coulée de Serrant, ...) au plus méconnus (Corent d'Auvergne, Noble-joué de Touraine, ...), démontrent tous la diversité et la richesse de la « planète vin », très loin des goûts standardisés dominants. Si leur rareté peuvent rendre certains d'entre eux très onéreux, ce n'est fort heureusement pas le cas de la majorité. Et l'amateur désireux de passer à la pratique pourra aisément se procurer bon nombre d'entre eux chez un bon caviste ou directement aux domaines, voire chez l'importateur, grâce au carnet d'adresses clôturant chaque livre.




Et quel livre faut-il lire pour mieux les connaitre ? Les deux ouvrages sont remarquables, tant par la beauté et la richesse des illustrations que par l'intelligence des textes. Je conseillerais volontiers la lecture des deux. Malheureusement, il y a beaucoup de redondances entre eux, et bon nombre de vins figurant dans le Livre des vins insolites ont été repris dans le Voyage insolite de l'amateur de vin, ouvrage qui a l'avantage d'être le plus récent, avec en plus une mise en page plus dynamique.



Le livre des vins insolites. François Morel. 144 pages. Editions Flammarion. 2000. Disponible en occasion pour 20 à 25 €.

Le voyage insolite de l'amateur de vin. François Morel. 160 pages. Editions Kubik. 2006. 35 €.


Voir également, de François Morel : Les objets de la vigne et du vin.



Repost 0
31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 12:54
Que la nouvelle année vous apporte beaucoup de découvertes et de bonheurs oenologiques, gastronomiques et littéraires. Et surtout, qu'elle vous apporte beaucoup de bonheur tout court.

Meilleurs voeux à tous !!!


Repost 0
26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 18:37

Thème libre, autour du plaisir du partage pour cette dernière rencontre des vendredistes du vin. Alors j’ai souhaité partager avec vous les vins dégustés lors de la dernière soirée de l'année avec mon club, le Grand Cep, avec un thème de saison : autour de quelques vins moelleux et liquoreux, permettant d’explorer différentes méthodes d’obtention de ces vins, ainsi que leur très riche palette aromatique.

 

 

De gauche à droite sur la photo de famille :


  • Alsace Gewurztraminer Vendanges Tardives 2006 d’André Ostertag, lieu-dit « Fromholtz ». Arômes de fruits blancs (pêche et coing) et de fruits exotiques (kiwi et litchi, caractéristique du cépage). Miel d’acacia, voire terpène et point d’herbe et de réglisse. Un vin tout en finesse, sans la sucrosité excessive qu’on trouve parfois dans les gewurtz VT.

 


  • Jurançon Domaine Bellauc 2005. Une couleur plus soutenue et un premier nez piquant (un peu soufré * , mais passant vite à l’aération) distinguent de prime abord ce vin du précédent. L’attaque est assez douce, puis le milieu de boche explose magnifiquement en fruits à coque grillés et caramélisés, pointe de coing et de beurre. Grande longueur, avec une petite acidité en fin de bouche.

* : voir les commentaires de l'article 



  • Sauternes Château Cru Barréjats 2000. Couleur vieil or très soutenue. Un vin terrien, plus minéral, avec un nez d’encaustique, de miel (mais de miel de forêt et non plus d’acacia) et de fruits confits. L’attaque apporte à nouveau de la terre, de la cire et des fruits confits. Le milieu de bouche est ample, plein et développe à nouveau toute sa palette. Fin de bouche réglissée (vient de l’élevage en barriques).

 


  • Jura Vin de Paille, Caveau Robelin, 2000. A nouveau une couleur très soutenue. Des arômes de pâte de fruit (quetsches, prunes, ...). Une bouche rappelant également les fruits à noyaux, avec des saveurs cacaotées.

 


  • Arbois trousseau, « L’Opportun » de Stéphnae Tissot, 2006. La couleur orangée et surtout les reflets rosés trahissent le cépage : il s’agit d’un rouge (trousseau) vinifié comme un blanc liquoreux. Nez d’abricots et d’agrumes confits. Une acidité importante, bien équilibrée par le sucre, apporte une grande fraicheur à ce vin original et rare (seulement 800 demi-bouteilles ont été produites). Cette fraicheur, alliée à sa légèreté (seuls 10,5° d’alcool) en font un vin idéal pour finir la soirée.

 

Enfin, la fête n’aurait pas été complète sans le menu spécialement concocté à cette occasion par François, le chef de la Mosca Libre, premier restaurant bio et équitable à Paris, qui nous accueillait ce soir-là.

 

 

Repost 0
21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 09:06

Denis Saverot & Benoist Simmat : In Vino Satanas.


Voilà déjà quelques temps que de nombreuses voix s’élèvent pour alerter sur ce qui n’est ni plus ni moins que la mise au ban, à l’intérieur de nos frontières nationales, d’un produit que le monde entier pourtant nous envie : le vin. Il ne nous est pas seulement envié pour sa valeur culturelle, pour les notions de plaisir ou de prestige qui lui sont attachées, mais également pour son poids économique, puisqu’il occupe 60.000 emplois, développe 15 Mds d’euros de chiffre d’affaire et représente le second poste d’exportation du pays. Et pourtant, il est l’objet d’une véritable diabolisation de la part des pouvoirs publics. Le livre de Denis Saverot (rédac’ chef de la RVF) et de Benoist Simmat (reporter au service économique du JDD) arrive à point, à la fois pour faire un état des lieux objectif de ce paradoxe, et pour alerter l’opinion public avant que la France ne se tire définitivement une balle dans le pied en cassant sa viticulture.


N’ayez crainte de vous ennuyer en lisant ce livre, qui est très loin d’un indigeste rapport d’audit. Au contraire, les auteurs y alternent quelques scènes, voire anecdotes, représentatives du monde du vin, avec des analyses avec plus de recul sur les faits, le tout sans esprit polémique. Certes quelques passages un peu « people » auraient mérité davantage de concision. S’il peut être amusant de détailler le faste des fêtes organisées par la baronne Philippine de Rothschild, cela ne nous apprend pas grand chose sur le fond. D’autres chapitres sont bien plus éclairants. Où l’on voit comment s’organise le marché gris, celui de la contrefaçon, mais aussi comment sont dupés les journalistes à qui l’on réserve une barrique de dégustation un peu spéciale. Où l’on mesure les écarts sur 150 ans entre les superficies des domaines classés en 1855, tout en voulant nous faire croire à la supériorité d’un terroir. Où l’on croise bien entendu Robert Parker, ainsi que plusieurs flying winemakers français, que le monde nous arrache à l’instar de nos grands crus. Où l’on croise également des capitaines d’industrie, Bernard Arnault, François Pinault, Albert Frère ou encore Vincent Bolloré, dont la possession d’un château permet de réduire substantiellement l’ISF, une propriété viticole étant un outil de travail. Où l’on croise par contre bien peu de lobbyistes en faveur du vin, peu nombreux mais bien empêtrés dans leurs querelles de clochers. Où l’on entrevoit les artisans de la croisade antialcoolique, mettant vin, alcools forts et binge-drinking dans un même flacon, jouant des chiffres de la consommation d’alcool, mais négligeant ceux des antidépresseurs et anxiolytiques.


Un ouvrage complet, faisant bien le tour de la question, même si on n’y trouvera aucune grande révélation. Néanmoins se dessine, en filigrane, une question qui dépasse celle de l’avenir de la filière vitivinicole. Ne sommes-nous tout simplement pas en train d’assister à un changement de civilisation, un déplacement des lignes de forces, où le déclin du vin ne serait finalement qu’un symptôme du déclin de la place de notre pays dans le monde ?



In Vino Satanas. Denis Saverot & Benoist Simmat. 240 pages. Editions Albin Michel. 2008. 16 €.



Repost 0
15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 23:03

J’ai eu le plaisir et le privilège de participer le mois dernier à une dégustation de vieux Sylvaners, organisée par l’Œnothèque Alsace et la Confrérie Saint-Etienne. Le Sylvaner ? êtes-vous en droit de vous demander, ne donne-t-il pas des vins légers, fringants, agréablement fruités quand le rendement n’a pas été trop poussé, ce qui est malheureusement trop souvent le cas ? Des vins sans prétentions, de soif quand ils sont bien faits, de lendemains migraineux dans le cas contraire, mais en aucun cas des vins de garde ?

 

Vous avez raison pour plus de 9 bouteilles sur 10. Car trop rares sont les vignerons qui respectent ce cépage, conduisent la vigne avec des rendements faibles et le travaillent amoureusement à la cave. Loin de l’exubérance d’un Gewurztraminer ou du chatoiement d’un Pinot gris, le Sylvaner est un introverti, il aime s’effacer devant son terroir et ne se révèle qu’à celui qui sait prendre la patience de l’écouter. C’était assurément le cas de ces vignerons et caves coopératives qui ont confié depuis de nombreuses décénies leurs plus belles bouteilles à la Confrérie Saint-Etienne, nous offrant ainsi le privilège de cette dégustation où nous sommes retournés plus de cinquante ans en arrière, autour de quelques bouteilles dont il ne reste parfois, en tout et pour tout qu’une dizaine d’exemplaires en ce monde. Car bien peu d’amateurs ont pensé à garder leurs Sylvaners …

 

Le relatif désamour des Alsaciens pour le cépage qui leur ressemble pourtant le plus se matérialise notamment par la baisse de sa superficie. D’un tiers du vignoble dans les années 60, essentiellement plantés sur des coteaux, il n’en représente plus que 14 %. Hormis pour le Zotzenberg, et encore, seulement depuis un an, il n’a même pas le droit de citer dans les grands crus. Pourtant, les évolutions climatiques et la recherche croissante de vins exprimant un terroir plutôt que de se conformer à un goût international standardisé, vont certainement amener à le redécouvrir et à lui offrir toute la reconnaissance qu’il mérite.

 

Mais assez parlé, place au Sylvaner !

 



 

  • 1994 : Jean Paul Ecklé (Katzenthal). Robe brillante et claire. Nez de pêche, d’abricot, voire de fruits exotiques. Bouche fine avec un joli gras, légère sur-maturité (qui ne correspond pas à la « vérité » du Sylvaner.

 

  • 1989 : Jean Pierre Bechtold (Dahlenheim). Robe également très brillante. Nez très herbacé, moins fruité que le précédent, notes minérales, voire fumée. Beaucoup de corps en bouche, une structure plus acide, plus complexe que le précédent, pour un millésime très chaud en Alsace. Pointe de camphre en finale.

 

  • 1982 : Michel Laugel (Marlenheim). Robe très claire, presque délavée. Nez végétal avec une pointe javellisée désagréable. Peu de corps, voire aqueux en bouche. Peut être un problème de conservation sur cette bouteille.

 

  • 1982 : Auguste Hurst (Turckheim) - Brand (terroir classé en Grand Cru). Robe également très claire, comme pour toutes les bouteilles qui suivront.  Nez très complexe de fruits (cassis) et d’herbes (buis). Bouche très riche de fruits (abricot, voire pêche et poire). Un millésime très productif en Alsace, mais donnant des vins de très bonne garde, comme le démontre ce Sylvaner issu d’un très beau terroir.

 

  • 1978 : Wantz (Barr). Un nez très puissant d’herbes, de foin, du buis et de poivre. Bouche minérale, acidité fine et étonnante longueur, complètent le portrait de ce jeune homme de 30 ans après sa naissance.

 

  • 1974 : Cave coopérative de Westhalten. Une année plutôt moyenne où cette cave coop tire admirablement son épingle du jeu. Un nez certes très en retrait, un peu beurré et mentholé. Mais une bouche puissante et très complexe, mêlant la réglisse à un cocktail d’herbes. Des raisons sans-doutes issus du Zinkœpflé.

 

  • 1973 : Paul Blanck (Kientzheim). Nez floral et herbacé, avec notamment des notes de persil, difficiles à marier en gastronomie. Bouche élégante légèrement tannique.

 

  • 1966 : Union Viticole de Centre-Alsace (UVA - Colmar). Etonnante robe vieil or. Caractère herbacé très fort pour le nez : foin et herbes fraiches. Beaucoup de volume en bouche, du gras et une belle structure, même si ce vin de négoce, donc issu d’un mélange, fait perdre le caractère fondamental du cépage.

 

  • 1964 : Cave coopérative de Westhalten, 10 ans avant le précédent. Nez fermentaire. Une pointe d’oxydation donne des notes de poivron et de curry. L’ensemble est très agréable.

 

  • 1961 : Emile Boeckel (Mittelbergheim). Un caractère épicé à nouveau très fort, également dû à une légère oxydation. Ce caractère oxydé devient rapidement plus fort et assez désagréable. Dommage pour cette bouteille dont on suppose qu’elle est issue du Grand Cru Zotzenberg.

 

  • 1961 : Cave de Turckheim - Brand (terroir classé en Grand Cru). Nez avec une pointe de menthol. Bouche dense, riche, au caractère très tranché (lié à l’acidité) très caractéristique du Brand.

 

  • 1957 : Trimbach (Ribeauvillé). Robe claire mais au très léger trouble. Premier nez d’étable, avant que n’arrivent les notes d’aneth et de maggi (une plante aromatique locale). Bouche citronnée, caramel au beurre et amandes grillées. Une insolente jeunesse pour ce vin qui dépasse le demi-siècle !

 

  • 1953 Cave coopérative de Benwihr. A nouveau un vin étonnamment riche et complexe : nez d’herbes caramélisées, de noisettes grillées, de caramel salé, voire de poire caramélisée. Du gras en bouche, trahissant la chaleur du millésime.

 

  • 1952 : Willm (Barr). Nez de feuilles épicées verveine, tilleul, pointe poivrée. Superbe équilibre en bouche, structuré, tendu et rond à la fois, pour un millésime considéré pourtant comme moyen. Mais issu d’un beau terroir, puisque que le vin viendrait du Clos Gänzbronnel, situé sur le Grand Cru Kirschberg de Barr.

 

  • 1951 : Willm (Barr). Un an d’écart, mais une impression moins nette pour ce millésime par rapport au précédent. Il offre néanmoins une belle palette aromatique : musqué, voire iodé, buis et herbes mouillées.

 

Je laisse volontiers la parole à Pierre Seltz  pour conclure cet article : « Il n’y a pas de mauvais Sylvaner, mais un met qui ne lui convient pas, tout comme il y a des viticulteurs qui ne savent pas écouter son message. Trop longtemps sous-estimé, le Sylvaner, encensé par des vignerons respectueux, peut atteindre la noblesse des grands blancs de ce monde » (extrait de son livre Voyage dans le monde du vin).

 

 

Repost 0
1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 22:24

Maurice Constantin-Weyer : L’âme du vin.

 

Baroudeur ayant passé onze ans au Canada, sans y boire une goutte de vin, poilu au Chemin des Dames, écrivain à succès, prix Goncourt 1928 pour Un homme se penche sur son passé, avant de sombrer dans l’oubli, Maurice Constantin-Weyer fut un personnage aux nombreuses facettes. C’est celle du gourmet, de l’esthète amoureux de la France et de ses vins, qui se dévoile ici. Ode lyrique (parfois un rien ampoulée) à sa boisson favorite, guide des régions et des appellations en devenir (le système des AOC a été institué trois après la sortie du livre), critique en règle des pratiques œnologiques douteuses, recueil de conseils gastronomiques, L’âme du vin est un peu tout cela. Et plus encore, puisqu’il nous offre un témoignage historique très vivant sur les us et coutumes œnologiques de l’entre-deux-guerres.

 

Certes, on peut aujourd’hui se gausser de quelques erreurs de jugement de Maurice Constantin-Weyer. A juste titre, il critique l’habitude des Bordelais de frapper le sauternes, il n’en recommande pas moins de le boire jeune, puisqu’il a déjà atteint sa plénitude. Il bannit la flute au profit de la coupe pour le champagne. Il recommande de servir les entremets avant le fromage, afin de l’accompagner du plus noble et du plus anciens des vins rouges de sa cave, point d’orgue du repas. Mais ce serait oublier un peu vite que tout dégustateur, aussi fin et éclairé gourmet qu’il puisse se croire, n’en reste pas moins influencé par les croyances qui lui sont contemporaines.

 

On ne peut, par contre, s’empêcher de rêver à l’évocation de quelques flacons prestigieux : Lafitte et Margaux 1848, Croizet-Bages 1869, Pape Clément 1878, Yquem 1893 ou encore Latour 1896. Des flacons qui, certes, n’étaient pas à la portée de toutes les bourses, et que les amateurs avisés encavaient pour leurs enfants. Les plus modestes se contentaient alors de Cos-d’estournel ou de Léoville-Lascaze, vendus dans toutes les brasseries au prix d'un muscadet ou d’un beaujolais. Faut-il ajouter qu’en cette époque la plupart des grands châtelains bordelais perdaient de l’argent ? Ils conservaient et entretenaient leur domaine surtout pour la gloire et l’honneur. Les fonds d’investissement et les capitaines d’industrie désireux d’alléger leur ISF n’étaient pas encore passés par là.

 

Le style est parfois un peu daté, mais là n’est le moindre des charmes de ce livre qui nous parle comme le ferait un grand-père de l’heureux temps de sa jeunesse, une époque où l’on entendait encore, certain soir, l’âme du vin chanter dans les bouteilles …




L’âme du vin. Maurice Constantin-Weyer. Avant-propos de Jean-Paul Kauffmann. Gravures de Paul Delvaux. 268 pages. Editions de la Table Ronde - Collection la Petite Vermillon. 2008 (édition originale de 1932). 8,50 €.


 

Repost 0
26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 22:15

Grégory Motte : Le grand palmarès 2009.

 

Quel amateur n’a jamais souhaité disposer d’une synthèse des avis des différents experts ? Vous en avez rêvé, le Grand Palmarès l’a fait. Son principe est simple : il recueille et compile les notes de quatre grands guides. Dix ans d’appréciations de Dussert Gerbert, Hachette, Gault Millau et du guide de la RVF sont ainsi compilés sur plus de 300 pages. Ce sont donc plus de 30.000 notes de dégustations, sur 6.400 châteaux que recueille le Grand Palmarès pour les vins de Bordeaux, un travail de titan !

 

Résolument pensé pour simplifier la vie à son utilisateur, avec son classement par appellation, complété par un index général, son usage est très aisé. Pour chaque appellation sont détaillées les notes obtenues par les meilleurs châteaux. S’y ajoutent une moyenne générale sur 100, une tendance d’évolution (est-il sur une pente ascendante, ou décline-t-il dans le cœur des critiques ?), ainsi qu’un prix indicatif. Pour les autres domaines, l’on trouvera une note de synthèse, ainsi que le rang au sein de l’appellation. La note de synthèse privilégie à juste titre la régularité et la convergence des appréciations.

 

S’il peut, de prime abord, sembler simpliste de réduire un vin à ses notes, ce n’est pas le propos du Grand Palmarès. Il est au contraire une invitation à la découverte de la multiplicité des appellations et des domaines du bordelais, en faisant notamment ressortir des châteaux peu connus, mais au constant travail de qualité. Quelques infos et conseils pratiques auraient pu compléter le palmarès, tels qu’un guide des millésimes par appellation, ou des conseils de service et d’accords mets-vins. C’est le site internet, complémentaire au livre, qui offre de nombreux services, permettant notamment d’optimiser ses achats. Il élargit également le concept à d’autres régions, une initiative appréciable. 




Le grand palmarès 2009 - Les vins de Bordeaux. Grégory Motte. 326 pages. Editions Grene. 2008. 20 €.

 

Site internet : www.legrandpalmares.com

 

 

 

 

Repost 0
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 07:00

René Fallet : Le beaujolais nouveau est arrivé.

 

Dans les derniers recoins humains d’une banlieue envahie par les tours, autour d’une rivière mousseuse par la grâce d’une usine d’engrais, résistent encore et toujours quatre copains auquel rien ne fait plus peur que l’idée de sombrer à leur tour dans le métro-boulot-jus de fruit. Le dernier repaire où il fait bon vivre, le « Café des Pauvres » leur offre une scène haute en couleur pour exposer leur philosophie de la vie en général, et du beaujolais en particuliers.

 

Né en 1927, René Fallet quitte très tôt l’école pour exercer différents petits boulots, cette vie précaire lui procurera une large source d’inspiration. En 1945, Blaise Cendrars le parraine pour intégrer libération. Son premier roman, Banlieue Sud-Est, ne parait qu’un an après et connait immédiatement le succès. Ce succès ne se démentira pas au fil de la vingtaine de romans qu’il publiera, dont le plus connu est certainement Paris au mois d’août. Ami de Georges Brassens et de Jean Carmet, il fait partie des auteurs populaires dont la gouaille ne doit pas faire oublier la très vive satire sociale sous-jacente. Camadule, Poulouc, Captain Beaujol et Debedeux, les quatre mousquetaires du Beaujolais nouveau, font partie de ses personnages les plus truculents. Antihéros de la résistance passive aux forces de la modernité, ils représentent aussi les derniers hommes libres dans leur banlieue normalisée.

 

 

Le beaujolais nouveau est arrivé. René Fallet. 252 pages. Editions Gallimard, collection Folio. 5,30 €. Première édition en 1975 chez Denoël.

 

Le livre a été adapté par Jean-Luc Voulfow au cinéma en 1978, de manière assez libre, vu l’exubérance du texte. Mais l’ambiance burlesque y est parfaitement reconstituée, avec notamment Jean Carmet et Michel Galabru. Il a également été adapté très récemment au théâtre par Michel Boy.

 

                        

 

 

 

Repost 0
17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 08:00

Roland Lecarpentier : C’est du vin … et alors ?

 

Aimer le vin ne nécessite pas d’ingurgiter préalablement une somme de connaissances, encore moins de les régurgiter plus vite et plus automatiquement qu’un œnologue ne recrache. Ce livre arrive à point pour démystifier les approches trop prétentieuses du vin et remettre les pendules à l’heure. Roland Lecarpentier n’a pas sa langue dans sa poche. Ancien sommelier, maître d’hôtel, caviste et marchand de vin, il connait bien le « milieu » et n’hésite pas à en dénoncer quelques abus. A tel point qu’on peut parfois se demander quelle y est la proportion de gens intègres et compétents ?

 

Composé de quatre parties, le livre démarre par une courte biographie. Avec la verve du Cavada des Ritals, Roland Lecarpentier y résume ses nombreuses et riches expériences. Vient ensuite le dico proprement dit, dans une partie nommée ABCverre un peu sévère, politiquement incorrect. Sévère, elle l’est effectivement, car l’auteur n’hésite pas à nous alerter sur quelques abus (sciants ou du fait de leur incompétence) de différents professionnels de la chaîne, du vigneron au restaurateur, des commissions d’agréments aux intermédiaires de tout poil. Si l’on ne peut qu’acquiescer sur le fond, le ton volontairement et parfois exagérément provoc peut agacer. L’humour vient heureusement équilibrer la violence de quelques coups de gueule. Le troisième volet s’attaque à quelques-unes des trop nombreuses idées reçues sur le vin, qu’elles concernent les accords avec le fromage, l’aération des vins ou encore la cave idéale. Enfin, inutile à mon sens, le dernier volet liste quelques tables parisiennes où le vin est bien traité. Inutile, parce que ne comprenant que des lieux déjà très connus, et plutôt hauts-de-gamme, ce qui ne me semblait pas être l’esprit de ce livre.

 

Mais malgré ses quelques excès, C’est du vin … et alors ? apporte de nombreuses informations et des mises au point salutaires. A l’image des ouvrages de Guy Renvoiser, il tranche dans le paysage trop consensuel des écrits sur le vin.

 


 

C’est du vin … et alors ? Dico incorrect du vin. Roland Lecarpentier. 206 pages. Timée-Editions. 2008. 17 €.

 

 

Repost 0
16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 16:03

Après Le monde selon Monsanto, sort ce mois-ci un autre excellent documentaire sur le scandale de l’industrie agro-chimique. Les spécialistes affirment que 70 % des cancers sont liés à l’environnement, dont 30 % à la pollution et 40 % à l’alimentation. Chaque année en Europe 100.000 enfants meurent de maladies causées par l’environnement. En France, où 76.000 tonnes de pesticides sont utilisées annuellement, on constate une augmentation de 1,1 % des cancers chez les enfants chaque année. Nous assistons à une véritable tragédie environnementale, qui menace particulièrement la jeune génération. Pour la première fois dans l’histoire occidentale les générations à venir seront globalement en moins bonne santé que leurs années. Que faire ? Loin d’être fataliste, le film montre qu’il est possible d’agir, à l’instar de la municipalité de Barjac, qui a décidé de passer la cantine scolaire du village en bio.

 

Le réalisateur, Jean Paul Jaud s’est intéressé au sujet suite à un cancer lié à la pollution environnementale et à l'alimentation. Comme beaucoup d’entre nous, il ne s’est pas spécialement senti concerné avant d’être directement touché. Puisse son film éveiller des consciences. Il est en effet urgent de faire avancer le débat en termes de responsabilité individuelle et collective vis-à-vis de ce problème sérieux de santé publique, pour que demain nos enfants ne nous accusent pas d’avoir laissé faire.

 


Cliquez sur l’affiche pour visionner la bande annonce.

 

Ce film est notamment soutenu par le MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures) qui vient de publier les résultats édifiants sur les résidus de pesticides dans les vins. 40 bouteilles ont été analysées, en provenance de plusieurs pays. 34 étaient issues de l’agriculture intensive et 6 de l’agriculture biologique. Tous les vins conventionnels, sans exception, étaient contaminés, avec en moyenne plus de 4 résidus de pesticides différents, les pires en contenant jusque 10 pesticides.

 

Certes, les niveaux de contamination dans cette étude sont variables et ne dépassent pas les limites maximales autorisées pour le raisin, qui sont très élevées, notamment beaucoup plus que pour l’eau. Certains vins testés contenaient jusqu’à plus de 5800 fois supérieures aux concentrations maximales autorisées dans l’eau du robinet ! Faut-il encore une raison pour passer aux vins bio ?

 

Nos enfants nous accuseront. Film documentaire français de Jean-Paul Jaud.

Sortie le 05 novembre 2008.


 

Repost 0

Quel est ce blog ?

L'Œnothèque ~ Des livres et du vin ...

  • L’œnothèqueQuelques livres autour du vin : ouvrages pratiques, guides, essais, beaux livres, récits, romans, poésie, entre autres ... 
          > Voir la liste.

Contactez l'auteur.
Inscrivez-vous à la newsletter pour être informé des nouveaux articles publiés sur le blog.
Et n'hésitez pas à recommander ce blog !


L'abus d'alcool est dangeureux pour la santé, sachez apprécier et consommer avec modération.

Derniers Articles

  • Cherchez l'intrus
    Quelques flacons ouverts durant ce long week-end de Pâques (qui commence le Vendredi-Saint ici...). Un intrus s'y est malicieusement glissé :
  • SlowLily
    Bonjour, je vous avais sollicités récemment pour contribuer à une étude de lmarché. Merci à tous les participants à l'étude. Elle a été très utile pour affiner le concept et développer la ligne. La boutiques est désormais ouverte, à l'adresse suivante...
  • Pétition Urgente Soutien Vigneron !
    Bonjour à toutes et tous, Emmanuel Giboulot, viticulteur bio dans le département de la Côte-d'Or passera ce lundi 24 février en correctionnelle pour avoir refusé d'obéir à un arrêté préfectoral ordonnant de pulvériser un dangereux pesticide (qui tue les...
  • Face à la saloperie, soyons solidaires !
    C'est rare que je demande quelque chose à mes lecteurs, et vous vous en doutez bien qu'il me faut être bien indigné pour reprendre, ne serait-ce que ponctuellement, le chemin de mon blog... C'est une article des 5 du Vin, que m'a fort aimablement remayéé...
  • Participez à une étude de marché
    Une personne proche réalise actuellement une étude de marché pour l'ouverture d'une boutique en ligne. Merci de prendre quelques minutes pour y contribuer. URL du questionnaire http://www.mon-enquete-enligne.fr/index.php?sid=51571&lang=fr URL courte :...
  • Blog en sommeil...
    L'avalanche quotidienne de courriers de lecteurs dépités et de lectrices au coeur brisé me fait prendre conscience que je dois quelques mots d'explication aux milliers de fans de l'Oenothèque... N'étant pas un professionnel, ni du vin ni de l'édition,...
  • Carlo Petreni présentera sonnouveau livre vendredi à Paris
    Invitation à la conférence de présentation du livre "Terra Madre - Renouer avec la chaîne vertueuse de l'alimentation" avec Carlo Petrini, auteur du livre, fondateur et Président de Slow Food et avec Gilles Fumey, professeur des Universités de Géographie...
  • Ephéméride du 8 au 14 août
    L'arrêté du 8 août 1962 attribue le label VDQS, Vin Délimité de Qualité Supérieure, aux vin des Côtes du Vivarais (Ardèche), qui accéderont à l'AOC en 1999. La loi du 9 août 1905 soumet les grands marchands de vins de Paris à l'entrepôt obligatoire à...
  • Ephéméride du 1er au 7 août
    La nouvelle réglementation européenne viti-vinicole est mise en place au 1er août 2009. Entre autres, elle autorise l’usage de copeaux de bois pour les vins AOC en France. Plus de 100 ans auparavant, une autre loi ne résolvait pas davantage les problèmes...
  • Ephéméride du 25 au 31 juillet
    Par le traité du 25 juillet 1840, le gouvernement de la Hollande affranchit de tous droits de douanes les vins, eaux-de-vie et esprits de France en cercles. Il réduit pour les vins en bouteilles le droit d'entrée de trois cinquièmes, et de moitié pour...