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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 16:58
Le flot automnal des primeurs provoque, pour l’immense majorité des bouteilles, indifférence ou mépris chez l’amateur, voire déprime celui-ci profondément. Or voici un vin qui, s’il n’a pas fait la une des imprimés du soir, fait tout de même couler un peu d’encre. De prime abord, pas de quoi passer en prime-time sur nos écrans : un Côtes-du-Rhône primeur 2007, produit par l’exigeant Marcel Richaud à Cairanne (Vaucluse), robe violine, nez fruité loin des arômes artificiels de bonbon ou de griottine, bouche primesautière et fraiche, non dénuée de structure. Bref, enfin un primeur intéressant méritant bien une prime.
 

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C’était sans compter sur le niveau primaire de réflexion de l’INAO, dont la commission lui a refusé l’agrément. Motifs bien primitifs : « caractère non primeur » et « absence de typicité » ... De quoi avaient-ils donc peur ? D’un primeur sortant du rang de la médiocrité pour jouer la prima donna ou le primus inter pares. Encore un exemple montrant à quel point il est primordial de réformer le système des AOC. Primo, parce qu’il n’est nullement sélectif. Secundo, et c’est là le plus dépriment, parce qu’il supprime parfois l’agrément à des vins dont le seul tort est de ne pas se comporter en primate singeant la banalité ambiante. Nullement opprimé, Marcel Richaud ne présentera pas l’Ebrescade, sa meilleure cuvée, à la prochaine commission, qui n’en aura donc pas la primauté. Gageons que, si cela ne fera ni chaud ni froid aux primevères, les amateurs ne se laisseront pas rebuter par la mention « vin de table » qui lui échoira.
 
 
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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:29
Jean-Luc Chapin, Michel Hansen, Emeric Sauty de Chalon : Les mythes de Bordeaux.
 
Passent les millésimes comme les siècles, passent les générations de leurs serviteurs comme de leurs amateurs, neuf châteaux bordelais semblent à jamais marqués au sceau de l’exception. Déchiffrer leurs secrets, tenter au-moins de s’en approcher par le texte et par l’image, telle est l’ambition de ce premier livre des éditions 1855. Il nous propose pour cela un véritable parcours initiatique, à travers leur histoire, leur géographie, leur microclimat, les personnages qu’ils ont vu passer. Car c’est en scrutant le temps, en cherchant sous la terre, en interrogeant les ancêtres, que l’on peut espérer dévoiler peu à peu l’esprit de ces vins.
 
L’ascétisme d’Ausone. L’imaginaire de Cheval Blanc. L’esprit de Haut-Brion. Le pari sans-cesse renouvelé de Lafite Rothschild. La discipline de la transmission de Latour. La douceur et la séduction de Margaux. L’expression du temps et l’inspiration créatrice de Mouton Rothschild. Le plaisir charnel, physique, de Pétrus. Yquem, enfin, lumière née de la pourriture. La renommée de ces neuf mythes de Bordeaux, comme autant de légendes vivantes, n’est plus à faire. Quelques-uns des mystères qui contribuent à cette renommée nous sont dévoilés ici.

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Voici donc un livre dont le parti-pris tranche dans la littérature œnologique. Le descriptif y cède la parole au symbolique, dans les mots comme dans les images. Plus de 200 photographies y répondent au texte, dans une même veine allégorique, avec un art subtil de la lumière et de l’ombre, en noir ou en couleur. L’ambition des auteurs est de donner envie aux lecteurs de gouter, ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, ces vins d’exception. Mission forcément accomplie pour aura osé accomplir ce voyage. Espérons qu’après Bordeaux, les éditions 1855 étendront cette idée à d’autres régions viticoles recélant trésors et secrets.
 

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Les mythes de Bordeaux
. Jean-Luc Chapin (photographies), Michel Hansen, Emeric Sauty de Chalon . 304 pages. Editions 1855. 2006. 29,90 €.

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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 14:26
Tout au sud de la Ligurie se trouve un des vignobles les plus pittoresques au monde, accroché à des pentes abruptes entre ciel et mer, le long d’une étroite corniche reliant cinq villages. Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore sont également connus sous la dénomination de Cinque Terre, l’ensemble du site est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Leurs habitants cultivent les oliviers, les citronniers et bien entendu la vigne, sur des terrasses qu’ils ont patiemment montées au cours des millénaires. Mis bout à bout, l’ensemble des murets formeraient une muraille de deux mètres de hauteur sur onze kilomètres de longueur.
 

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Sur ces terrasses, reliées par des sentiers permettant à peine le passage d’un âne, s’épanouissent le bosco, l’albarola, et le vermentino. La vigne est cultivée en pergolas. Très basses en bord de mer, y interdisant d’y travailler debout, celles-ci grandissent à mesure que l'on s'éloigne du rivage. Mais les fortes pentes, atteignant 85 % par endroits, n’y simplifient pas la tâche aux viticulteurs. Des petits transporteurs à crémaillère ont certes été installés, facilitant les vendanges, mais toutes les parcelles ne sont de loin pas desservies. L’immense majorité des propriétaires de vignes n’en vit pas, mais fournit la coopérative locale ou l’un des quelques vignerons plus importants de la région.
 
 

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Avec d’aussi difficiles conditions de travail, les quantités produites sont évidemment faibles : environ 15.000 cols par millésime. Le vin (blanc) est sec, fringant et épicé, accompagnant parfaitement des pissions et frits de mer grillés. Seules les meilleures grappes bénéficient d’un traitement de faveur. Elles sont passerillées par séchage sur les toits des maisons, et donneront le Sciacchetrà. Celui des meilleurs producteurs (domaine Buranco, Forlini Cappelini, Walter de Battè) se vend à prix d’or, tels les vins de glace allemands ou canadiens. Ce Sciacchetrà 2003 de la coopérative des Cinque Terre présente une robe d’ambre profond. Au nez dominent l’écorce d’orange confite, le miel, les fruits à coque. La bouche est marquée par une sucrosité importante, mais sans lourdeur. Un vin doux et rugueux à la fois, à l'image des Cinque Terre.
 
 

      

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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 14:44
Pierrick Jégu : Aux bons crus : les meilleurs cavistes de Paris.
 
Vous me direz peut-être que cet article arrive un peu tard. Qu’il eut été préférable d’avoir connaissance de ce livre plus tôt, pour savoir où dénicher les meilleurs crus et les plus originaux pour les fêtes de fin d’année. Certes, vous répondrais-je, mais pourquoi ne pas se faire plaisir tout au long de l’année ?
 
Avec ce livre, les parisiens (et les amateurs de passage à la capitale, y compris nos amis anglophones, le livre étant bilingue) vont enfin y voir clair dans la multitude d’enseignes qui ont éclos depuis quelques années. Pas moins de 50 caves indépendantes, toutes tenues par des professionnels de valeur, sont présentées en détail, avec leur histoire, leurs spécificités, leurs coups de cœur .... On y retrouvera avec bonheur les plus « tradi », comme les Caves Augé, Taillevent ou la Cave des Gobelins. Les « naturels » comme l’Avant-goût Côté Cellier, ou la Cave de l’Insolite, y côtoient les « design » comme Lovin’ ou Nysa. Les « internationaux » ne sont pas oubliés, comme l’incontournable Lavinia, ni à leur opposé, les cavistes de quartier, avec entre autres le Verre Volé, le Baron Rouge ou tout simplement Ma Cave. Toutes bénéficient de l’art de la lumière de la photographe Caroline Rose, qui a réalisé là un travail admirable dans des conditions d’éclairage parfois difficile. Pensez aux locaux souvent exigus et à tous les malheureux reflets de flashs qu’il a fallu éliminer des bouteilles.
 
Bien entendu l’ouvrage n’est pas exhaustif, même avec ces 50 cavernes d’Ali-Baba. Il s’agit d’une sélection (drastique) parmi toutes les enseignes de la capitale. Un des intérêts majeurs de cette sélection est son éclectisme, avec toujours en ligne de mire la recherche de la qualité des vins proposés et du conseil offert par les cavistes. Et si vous avez déjà cassé votre tirelire pour les fêtes, si vous gardez vos tous derniers deniers pour craquer pendant les soldes, sachez que bon nombre d’entre eux proposent des bouteilles intéressantes dès moins de 5 euros. Vous n’avez plus qu’à vous munir de ce guide, pour arpenter la capitale à la recherche de bons crus.
 
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Aux bons crus : les meilleurs cavistes de Paris. Pierrick Jégu. Photos de Caroline Rose. 176 pages. Editions Parigramme. 2007. 12 €.
 
 
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29 décembre 2007 6 29 /12 /décembre /2007 00:21
Monique Mangold et Frantisek Zvardon : Panoramas d'Alsace ... sur la route des vins.
 
Définie en 1953, ce qui en fait la plus ancienne de France, la route des vins d’Alsace serpente sur près de 170 km. Une quarantaine de villages viticoles sont ainsi desservis, entre les contreforts des Vosges à l’ouest et la plaine conduisant vers le Rhin à l’est. C’est là, souvent bien exposés sur des cuestas orientées vers l’est, que s’épanouissent les grappes de riesling, gewürztraminer, sylvaner et autres pinots (blancs, gris et noirs), pour ne citer que les cépages les plus connus de la région. Panoramas d’Alsace nous offre de superbes points de vue sur les paysages et les villages que traverse cette route des vins.
 
Frantisek Zvardon est un photographe tchèque installé à Strasbourg depuis de longues années. Il réalise régulièrement des reportages et des expositions remarqués, que ce soit en France ou dans le monde entier. Quel que soit son sujet, paysage ou portrait, c’est toujours avec beaucoup de respect et d’humilité qu’il le traite, avec un sens rare de la lumière. C’est bien un regard d’auteur qu’il porte sur cette route des vins, captant ici la délicatesse d’une lueur rasante sur un vignoble ou là l’image d’une vigne se détachant d’une brume matinale. Prises à pied ou depuis le ciel, ses images des villages nous montrent la joyeuse opulence des bourgs vignerons, comptant parmi « les plus jolis villages vinicoles du monde » selon Hugh Johnson et Jancis Robinson (1). Mais les images aériennes nous montrent aussi des maisons blotties les unes contre les autres à l’abri de fortifications, témoignages d’une ancienne vie rurale souvent difficile. Les trop rares textes (en français, en anglais et en allemand) de Monique Mangold viennent compléter les magnifiques images.
 
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Panoramas d'Alsace ... sur la route des vins.
Monique Mangold (textes) et Frantisek Zvardon (photographies).
140 pages. Editions Bibliothèque des Arts. 2003. 43 €.
 
 
 
(1) : dans l’Atlas Mondial du Vin, éditions Flammarion, 5ème édition datée de 2002.
 
 
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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 23:54
Je vous avais déjà évoqué le projet de réforme du secteur du vin proposé par la Commission Européenne dans un article traitant de deux livre récents, dont l’un critiquait vivement ce projet. C’est finalement une version un peu rabotée de ce texte qui a été ratifiée ce mercredi 19 décembre. La Commissaire à l’Agriculture et députée danoise libérale, Mme Mariann Fischer-Boel, souhaitait enclencher une restructuration en profondeur du secteur. Cette réforme devrait permettre aux vins européens d’être plus attractifs et concurrentiels face à ceux du Nouveau Monde, tout en limitant la production de ceux qui se vendent le moins bien (voire de les faire disparaitre), pour éviter les phénomènes de surproduction.
 
Vivement critiqué, notamment par la France, l’Italie et l’Espagne, ce projet faisait totalement abstraction de la dimension culturelle du vin, le réduisant à un simple produit de consommation. Produit pour lequel, selon la Commission, le développement d’une industrie de production et de distribution devrait être favorisé par les pouvoirs publics. Malgré l’aménagement du texte pour obtenir l’aval des trois principaux pays producteurs de l’UE, il n’en reste pas moins guidé par la même doctrine, les mesures restant globalement les mêmes. 

Citons-en quelques-unes : 
 - arrachage (175.000 hectares dans les trois ans, sur une base volontaire et contre primes, au-lieu des 400.000 du texte initial), 
 - libéralisation des droits de plantation (à partir de 2015, voire 2018 en fonction des Etats, afin que les viticulteurs concurrentiels puissent augmenter leur production sans limites),
 - diversification les pratiques œnologiques (l'utilisation des fameux copeaux de bois par exemple). 
Par contre, les mesures de distillation de crise (permettant de recycler les excédents en alcool industriel) ne sont pas supprimées. Chaque Etat pourra y consacrer jusqu’à 20 % du budget mis à sa disposition dans le cadre de la réforme, pendant quatre ans maximum. Enfin, l’étiquetage des vins de table pourra mentionner le cépage et l'année de récolte, simple reproduction de des pratiques du Nouveau Monde.
 
Bref, la réforme risque fort d’amener nombre de vignerons à singer des pratiques qui vont conduire à mettre sur le marché des produits de plus en plus standardisés. Ce faisant, ils contribueront immanquablement à renforcer l’industrie du vin, capable de produire la même chose moins cher et surtout bénéficiant d’un marketing et de réseaux de distribution plus puissants. Au final, le consommateur lambda aura le choix entre deux types de vins : ceux de grands domaines, à des prix souvent très élevés, et ceux de l’industrie, avec des marketing-mix adaptés à chaque segment de clientèle. A moins que ce consommateur ne s’oriente délibérément vers une troisième voie, privilégiant le vin « juste », celui qui, selon une formule de Jacques Puisais, a « la gueule de l’endroit et de l’année où il est né, et les tripes du bonhomme qui l’a fait »

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26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 19:30
Linda Grabe et Valérie de Lescure : Dis-moi ce que tu es ... je te dirai quel vin boire.
 
Etant donnée l’abondante littérature publiée autour du vin, le plus difficile pour bien des auteurs est de se démarquer, d’innover, de trouver un « créneau » pas encore exploité. Ce livre présente une approche nouvelle du conseil à l’amateur. Il ne part plus du vin lui-même (de la sempiternelle présentation par appellation par exemple) ni des plats à accorder ou encore des occasions de dégustation. Non, il part du dégustateur lui-même, renversant le vieil adage : dis-moi ... (qui tu hantes, ce que tu fais, manges, bois, ... etc.) et je te dirais qui tu es.
 
A priori, l’approche peut sembler séduisante. Hélas, elle tourne vite à l’exercice de style un peu stérile. Un petit quizz ouvre le livre, permettant de ranger le lecteur dans l’une des 20 cases proposées. Que vous soyez « femme », « picoleur », « urbain », « CSP + » ou encore « économe », vous avez droit à une mini-caricature, quelques conseils de dégustation et une liste d’une dizaine de vins qui devraient vous convenir comme un gant. Malgré le ton humoristique, la lecture devient rapidement répétitive et fastidieuse, une fois que l’on a lut son portrait et celui de l’un ou l’autre de ses proches. Certes, le choix des vins est assez éclectique (forcément, puisque décliné sur 20 personnalités) mais l’approche enferme finalement le lecteur plutôt qu’elle ne lui ouvre des perspectives de découvertes. Une bonne alternative à Cosmo pour faire un test à la plage. Mais je n’ai pas vu le « touriste » dans la galerie de portraits. Dommage, car je lui aurait conseillé un rosé de Provence pour accompagner ses grillades.
 
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Dis-moi ce que tu es ... je te dirai quel vin boire. Linda Grabe et Valérie de Lescure. 128 pages. Editions Solar. 2007. 12,50 €.
 
 
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26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 19:25
                                                                                        La lumière de midi ne pesait pas
                                                                                        mais dansait légère sur les vignes.
                                                                                                                          Lettrines 2

Julien Gracq, l’un des plus grands écrivains de langue française, vient de nous quitter à l’âge de 97 ans. Il n’est pas dans mon propos de faire le panégyrique de l’auteur du Rivage des Syrtes. Journalistes et hommes politiques s’y sont déjà bien employés depuis dimanche, avec d’autant plus de bruit et d’agitation que leur propre conduite est éloignée de celle de l’écrivain. Toute son oevre, mais aussi sa vie, semblent en effet guidées par une exigence éthique et une rigueur stylistique ne souffrant pas la médiocrité.
 
« Pendant trente ans, on m'a présenté comme celui qui a refusé le Goncourt ; et maintenant comme l'ermite de Saint-Florent ... » Qu’il refuse le prix Goncourt ou qu’il s’éloigne volontairement de la vaine agitation que représentait pour lui la vie parisienne, il s’agit bien là de la conduite d’un homme libre. Un homme capable de tourner le dos aux honneurs quand ceux-ci risquent de le détourner de sa voie, là où tant d’autres se prostituent pour les cinq minutes de célébrité qu’Andy Warhol a promis à tous. Un homme qui cultivait l’indépendance d’esprit, la fidélité à soi et ... la vigne. Julien Gracq faisait son vin. Un des derniers hommes vraiment libres, vous dis-je.
 
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Julien Gracq par Henri Cartier-Bresson
ou la rencontre de deux génies de l'ombre et de la lumière
 
 
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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 11:30
En attendant de mieux maitriser les fonctionnalités d’Over-blog, j’ai choisi un design standard qui se décline en quatre saisons. Voici donc l’Œnothèque en habits d’hiver. Magnifique saison pour l’amateur de vin, puisqu’elle s’ouvre par les fêtes de fin d’année, où les meilleurs plats appellent les meilleurs vins. Voici donc l’heure de sortir de sa cave les champagnes millésimés, les grands crus de Bourgogne et les meilleurs Bordeaux. Parmi ces derniers, le Sauternes accompagne souvent sa majesté le foie gras. Je lui préfère néanmoins un Alsace pinot gris VT (vendanges tardives) ou mieux, SGN (sélection de grains nobles). Leur richesse aromatique dénuée de toute lourdeur, grâce souvent à une structure acide qui « tient » un sucre résiduel parfois important, leur grande complexité et leur belle longueur en font le compagnon idéal d’un foie gras. Je piocherais par exemple chez Hugel & Fils, Pierre Frick ou Bernard Weber.
 

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Amours transvasant le vin. Pompéi, maison de Vattii.
 
Mais l’hiver c’est aussi le froid, la neige, les plaisirs des sports d’hiver en tout genre. Le vin chaud, boisson réconfortante par excellence, mérite un peu d’attention et de soin à sa préparation. Délaissez les produits industriels qui vous sont vendus sur les marchés de Noël et préférez une recette maison. Prenez un Bordeaux ou un vin de pays fruité mais pas fluet (une Petite récolte de chez Nicolas fera parfaitement l’affaire), ajoutez-y une orange coupée en rondelles, un zeste de citron, de la badiane, des clous de girofles, des bâtonnets de cannelle, du sucre de canne et lissez mijoter sans faire bouillir. Quelles proportions ? Quel temps de cuisson ? A vous de goutter et de trouver l’équilibre qui vous convient le mieux, le vin chaud est une boisson familiale et chaque famille a ses préférences.
 
Raclettes, tartiflettes et autres fondues savoyardes sont également à l’honneur, inévitablement arrosées de vins de Savoie. A l’altesse ou à la roussette, je préfère la mondeuse pour accompagner ces plats. Ses arômes d’épices (poivre) et de fruits noirs (cerises, pruneaux) et sa belle charpente s’harmonisent parfaitement avec tous les plats à base de fromage, de charcuteries et de pommes de terre. Mes préférées sont les mondeuses de la maison Dupasquier ou encore de Jean-Yves Péron du domaine de Champ Levat. N’oublions pas la Chandeleur avec ses traditionnelles crêpes. Celles-ci appellent plutôt un cidre fermier, voire une bière du Nord, qu’un vin. Sauf pour les crêpes au saumon fumé, avec lesquelles j’ouvre volontiers un sauvignon de Touraine des frères Puzelat (clos du Tue-Bœuf) ou de Junko Arai (domaine du Bois Lucas).
 
Excellent hiver et excellentes fêtes à tous !
 
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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 09:32
Christophe Deroubaix, Gérard Le Puill, Alain Raynal : Les Vendanges de la colère.
 
Expositions, colloques et publications ont été nombreux cette année à l’occasion du centenaire du soulèvement du peuple languedocien et roussillonnais derrière ses viticulteurs. Parmi tous les ouvrages publiés à l’occasion de ce centenaire, je retiendrais volontiers celui-ci. Les Vendanges de la colère offre en effet de très bonnes clés de compréhension des troubles du Midi pour reprendre les légendes des cartes postales de l’époque. Richement illustré de documents et de photos, il nous plonge au cœur des événements, tout en prenant suffisamment de recul sur les causes et les implications de ce soulèvement.
 
Les auteurs sont journalistes à l’Humanité et ont construit ce livre comme un grand reportage, mêlant chronique des événements, portraits des protagonistes, interviews (dont celle des historiens Jean Sagnes et Rémy Pech), mise en perspective avec les enjeux économiques actuels de la viticulture du Midi. Cette dernière partie du livre est la plus captivante du livre, d’une part au travers de quelques magnifiques portraits de viticulteurs actuels (gardiens intraitables de la tradition ou innovateurs délurés), et d’autre part au travers d’un article de fond sur l’économie viticole du Languedoc-Roussillon, s’esquisse la réponse à la mondialisation de cette région dont le cœur continue à battre, aujourd’hui comme hier, à l’unisson de celui du secteur viticole tout entier.
 
 
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 Les vendanges de la colère. Christophe Deroubaix, Gérard Le Puill, Alain Raynal.
128 pages. Au Diable Vauvert. 2006. 29 €.
 
N’habitant pas le Languedoc-Roussillon, vous n’avez peut-être pas bénéficié des nombreuses manifestations organisées à l’occasion de ce centenaire. Si pour vous les troubles du Midi n’évoquent qu’une jacquerie méridionale, alors plongez-vous quelques instants dans le théâtre des événements.
 
Prologue – Renaissance du vignoble méridional :
Le vignoble du Midi a été ravagé par le phylloxera à partir de 1866. La reconstitution du vignoble qui en a suivi, avec l’extension des surfaces de production et la bonne (!) gestion des plants greffés sur les porte-greffes américains, a fait grimper considérablement les quantités produites. La mauvaise météo de 1902 et de 1903, réduisant l’offre, permit aux prix et donc aux revenus des vignerons de se maintenir.
 
Acte I – Surproduction et chute des revenus :
L’excellente météo de 1904 fit grimper à nouveau les quantités. Avec 69 millions d’hectolitre pour toute la France, auxquels contribuaient largement les vins produits en Algérie, le seuil critique des 50 millions fut pulvérisé. Les cours et les salaires se sont effondrés. Cette situation se reproduisit en 1905 et 1906. Les vins du Midi, de qualité très courante, ne trouvaient plus preneur et la révolte grondait.
 
Acte II – Emergence d’un leader :
Entrée en scène de Marcelin Albert, vigneron et cafetier fort en gueule, habitué à haranguer les foules les jours de marché sur la crise viticole. Il réussit à prendre la tête de la révolte, avant d’être rejoint par le socialiste Ernest Ferroul, alors maire de Narbonne. Un bouc émissaire fut trouvé, la surproduction ne fut pas mise en cause, mais les « fraudeurs » qui chaptalisaient le vin. La revendication des pétitionnaires : une loi anti-fraude. Leur menace : la grève des impôts.
 
Acte III – Manifestations en chaîne :
Dès février 1907, se sont formées des manifestations aux cris de « pas de revenus pas d’impôts » ou de « mort aux fraudeurs ». Au printemps, le mouvement s’étendit comme une tache d’huile et l’on dénombra jusqu’à 600.000 manifestants dans les rues de Montpellier le 9 juin. Ferroul politisa le mouvement, conduisant 618 municipalités de toutes tendances à démissionner. Les discussions à l’Assemblée Nationale furent houleuses, Jaurès voulant nationaliser les domaines dont les vignerons ne travaillaient pas eux-mêmes leur terre.
 
Acte IV – Les pioupious du 17ème :
L’armée qui avait déjà été envoyée pour contenir les troubles s’est mutinée. En effet, souvent recrutés sur place, les soldats ont pris fait et cause pour les manifestants. L’épisode le plus connu est la mutinerie du 17ème Régiment d’Infanterie, où plusieurs centaines de soldats s’installèrent en plein centre ville de Béziers (1).
 
Acte V – Violente répression :
Clémenceau, alors président du Conseil, cherchait à reprendre la main et envoya les cuirassiers à Narbonne. Ce fut le drame : les soldats ouvrirent le feu sur les manifestants, tuant six personnes. Choquée, la population s’en prit aux militaires et à la police, la tuerie redoubla. L’offensive de militants monarchistes compliqua encore l’affaire, mais joua en faveur de Clémenceau qui usait de l’argument de la menace contre la République que constituait le soulèvement.
 
Acte VI – La loi, enfin :
L’Assemblée Nationale finit par voter une loi « tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus de sucrage », renforcée par un arsenal de taxes et d’obligations en tous genres comme notre pays sait si bien se doter. Les viticulteurs ont constitué la Confédération Générale des Vignerons regroupant les comités locaux qui s’étaient créés pendant les événements. Ernest Ferroul en devint le premier président. Quant à Marcelin Albert, sa tentative de négociation avec Clémenceau ayant échoué, il se trouva discrédité et écarté du syndicalisme viticole.
 
Epilogue – Vers la naissance des AOC :
Plus que la loi anti-fraude, c’est surtout la mauvaise récolte de 1910 et des rendements mieux maitrisés qui permirent un retour à la normale. Les salaires des ouvriers n’ont cependant pas été revalorisés et d’autres grèves suivront. Les leçons de cette crise conduiront également à la création, en 1935, de notre système de réglementation des AOC.
 
 
(1) : « Gloire au 17ème » de Montéhus (qu’il interprète dans l'Anthologie sonore du Socialisme, éditions Frémeaux et associés) témoigne de l'insurrection de ce régiment. La légende veut que Lénine aimait à fredonner cette chanson.
 
 
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L'Œnothèque ~ Des livres et du vin ...

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    La nouvelle réglementation européenne viti-vinicole est mise en place au 1er août 2009. Entre autres, elle autorise l’usage de copeaux de bois pour les vins AOC en France. Plus de 100 ans auparavant, une autre loi ne résolvait pas davantage les problèmes...
  • Ephéméride du 25 au 31 juillet
    Par le traité du 25 juillet 1840, le gouvernement de la Hollande affranchit de tous droits de douanes les vins, eaux-de-vie et esprits de France en cercles. Il réduit pour les vins en bouteilles le droit d'entrée de trois cinquièmes, et de moitié pour...