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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 06:23

vdvlogo.png Notre président du mois, Philippe Rapiteau, nous engage à monter dans la machine à remonter le temps pour cette 35ème édition des Vendredis du Vin, et à faire une escapade au siècle dernier. Le hasard des calendriers fait bien les choses, j’ai en effet, pour le 50ème anniversaire d’une personne chère, ouvert ce mois deux bouteilles du millésime 1961.

 

Mais avant de vous les présenter, je vais évoquer rapidement le champagne qui nous a ouvert l’appétit lors de ce repas d’anniversaire. Avec sa très fine bulle, ces jolies et très présentes notes florales, sa délicate minéralité, la cuve « Récolte noire » de Dosnon & Lepage (100 % pinot noir, faiblement dosé) a agréablement mis nos papilles en éveil. Les divers amuses-bouches ont trouvé en lui un compagnon agréable et sautillant.

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Santenay Clos de Tavannes, 1961. Une cuvée tirée à moins de 3.000 bouteilles.

 

On passe évidemment dans un autre registre, et surtout au cœur de notre sujet avec un Santenay 1961, Clos de Tavannes, des sieurs H. de Chavigné et S. de Lavoreille, très dignes petits-fils de Duvault-Blochet… La maison de Lavoreille est toujours en exercice à Santenay, même si elle ne semble plus exploiter de vignes au clos de Tavannes, aujourd’hui classé en 1er cru.

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Un bouchon ou un canon ? Rude bataille en perspective.

 

Pour la technique d’ouverture d’un tel vin, je me suis inspiré des écrits de François Audouze, notamment de son livre Carnets d’un collectionneur de vins anciens, dont je vous parlerai prochainement. Mais il est loin de la théorie à la pratique… Pour autant, le bouchon rendit les armes et ses derniers débris après avoir bataillé un bon quart d’heure. Tous les morceaux ont pu être extraits sans encombre et le vin a pu prendre le repos du guerrier, s’aérer tranquillement pendant que se préparait le repas.

 santenay-3.jpgLe champ de bataille.

 

La robe du vin était étincelante, couleur de brique claire. Le nez présentait des notes de sous-bois, de fourrure, de cerises noires fumées. Il avait beaucoup de vivacité en bouche, certains convives trouvaient d’ailleurs l’alcool très présent. Les notes de sous-bois et surtout les notes empyreumatiques se développèrent progressivement pour reprendre le dessus. L’accord avec le plat a très bien fonctionné : une bavette très tendre et volontairement peu assaisonnée pour ne pas concurrencer le vin, des pommes dauphines, des champignons de Paris farcis et une fricassée de carottes à la coriandre fraiche.

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Un dépôt impressionnant dans la bouteille.

 

Sautons la case fromage pour passer au dessert et surtout au Rivesaltes 1961 du Domaine Sainte-Lucie (acheté récemment chez Idealwine, où je crois qu’il est encore en vente). Une robe qui tirait vers l’ambre, des arômes de noix, de rancio, de pain d’épice, la bouche se complète de brioche beurrée, l’ensemble jouit d’une magnifique vivacité et d’une très grande longueur… Un vin qui aurait pu se boire seul, pour lui-même, mais qui a ici accompagné le dessert. Pour l’accord, vous auriez pensé à une tarte aux noix ou un accord autour du chocolat et du pain d’épice. Une mauvaise coordination a voulu que ce soit un fraisier (fait maison avec des gariguettes tout de même) qui arriva sur la table. Mais une fois les bougies soufflées, on s’est aperçu que la pointe d’acidité des fraises et la douceur de la crème pâtissière à la vanille accueillaient notre Rivesaltes avec un bonheur surprenant.

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Sainte-Lucie nous a apporté la lumière.

 

En conclusion, reste le souvenir de trois beaux vins, évidemment très différents, dont deux cumulaient à eux seuls un siècle d’existence. Par contre, vous demandez-vous peut-être, pas de photos des plats qu’ils ont accompagnés ? Au-delà de la qualité toujours moyenne des images que l’on prend dans ces conditions, et qui ne mettent pas réellement les plats en valeur, je ne suis en effet pas un grand fan de ce type de photos.

 

J’apprécie beaucoup plusieurs blogs qui nous offrent de superbes comptes rendus illustrés, parfois de très beaux repas pris dans de grands restaurants. Mais en ce qui me concerne, je ne me vois pas brandir mon appareil sous le nez de mes invités pour immortaliser leur assiette, encore moins sous le nez de mes hôtes, ou si le repas est pris au restaurant. Disons que moi aussi, je dois être un peu du siècle dernier…

 

 

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 18:29

VDV35.jpg Ah, je me voyais déjà… c’est ce que devait fredonner le vin au début du cinématographe. Comment ce compagnon de route des arts et des lettres ne pouvait-il avoir une place de choix dans le 7ème art ? C’était sans compter sur les ligues de vertu qui érigèrent l’autocensure en règle de conduite à Hollywood dès 1915. Mais C’est dans les années 30 que celle-ci s’est réellement institutionnalisée sous le poids de la puissante Ligue de la Décence Catholique puis du code Hays.

 

Dès lors, parler de vin au cinéma est devenu complexe outre-Atlantique. Scénaristes et réalisateurs durent parfois revoir leur copie ou user de stratagèmes pour passer des fourches caudines bien plus tolérantes envers des images de violence que de convivialité. C’est un véritable travail d’historien qu’il a fallu engager pour redécouvrir les projets initiaux de quelques films qui n’en sont pas moins devenus des classiques :


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Drink Wine, Young Man (1936).

 

Henry Hathaway envisageait de mettre en scène Mae West dans le rôle d’une représentante en vins et spiritueux. Dans une petite, elle rencontre Bud, un solide gaillard prénommé comme une bière qu’elle convertit aux subtilités du vin. Sa présence n'est pas du goût de tout le monde et surtout pas de celui de la fiancée du jeune homme, héritière d’une importante brasserie. Mais en 1936, les Etats-Unis sortaient à peine de la prohibition. Hathaway fut donc prié de revoir un peu le scénario, en jouant davantage sur le physique de Mae West que sur ses talents de dégustatrice, ce qui, tout bien pesé, ne fut pas pour déplaire au public.

 

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Gone With the Wine (1939).

 

C’est en pleine Napa Valley que Victor Fleming  situait initialement l’action de Gone with the wine. Scarlett O'Hara, jeune fille de la haute société californienne, dont la famille possède les plus beaux coteaux, n'a d'yeux que pour Ashley Wilkes, le jeune œnologue récemment embauché. Alors que la menace d’une seconde guerre Mondiale gronde, les plans de la capricieuse Scarlett pour conquérir le cœur d’Ashley échouent. Trop vineux et trop proche des préoccupations géopolitiques du moment…  Victor Fleming transposa donc l’histoire dans les champs de cotons sudistes et dans les années précédant la guerre de Sécession.

 

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Wine-I-Go (1958).

 

Dans Wine-I-Go, James Stewart devait interpréter un ancien policier, alcoolique repenti mais souffrant désormais de phobie du vin. Cette phobie était au cœur d’une machination permettant de camoufler un meurtre en accident, avec la complicité de la très charnelle Kim Novak. C’est en réapprenant progressivement à gouter au vin que James Stewart allait lentement découvrir la vérité. Si l’idée de mettre en scène la déchéance d’un alcoolique plaisait assez aux producteurs, celle de son rétablissement au travers de l’œnologie avait été accueillie avec plus de réticences. Qu’importe pour Alfred Hitchcock, qui préférait de toute façon le whisky. Du vin au vertige il n’y eut qu’un pas et surtout le fameux « travelling compensé » de la scène du clocher.

 

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Days of Wine and Roses (1962).

 

Un vent de liberté souffle dans la société et dans l’industrie cinématographique dans les années 60. Blake Edwards n’a aucun mal à mettre en scène Jack Lemmon dans le rôle d’un alcoolique mondain. Sa rencontre puis son mariage avec la belle Lee Remick l’aideront à arrêter de boire. Mais très vite, il retombe dans l'alcool, entraînant son épouse avec lui. Si le producteur souhaitait une fin plus heureuse, pour rendre le film plus attrayant, il dût se résoudre à donner son accord pour son exploitation tel quel. Tant mieux, car même si le vin n’y tient pas le bon rôle, les performances des principaux acteurs y sont remarquables.

 

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Pee-Wine’s Big Adventure (1985).

 

Plus près de nous, voici l’aventure d’un alcoolique surnommé Pee-Wine, parcourant le pays à bicyclette pour rechercher son tire-bouchon favori qui lui avait été dérobé dans sa collection. Certes, l’histoire avait quelques lacunes, les producteurs faisant notamment remarquer qu’un homme assoiffé pouvait se contenter de n’importe quel tire-bouchon pour assouvir sa passion. Tim Burton simplifia donc l’histoire en supprimant cet ustensile et en édulcorant un tout petit peu le personnage.

 

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Du charme, du charme, encore du charme et... un vélo ! Sans hésiter, c’est un vin de la marque Cycles Gladiators qui accompagnerait parfaitement la projection de ces films dans leur version initiale. Par exemple ce Cabernet-sauvignon opulent, bien charnu, voire charnel. Un vin qui est aussi un témoin vivant de l’évolution des mœurs, et surtout du rôle toujours pesant de certaines ligues de vertu. L’étiquette reproduisant une publicité du XIXème siècle est considérée dans l’Etat de l’Alabama comme… pornographique !

 

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 20:05

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Un thème tout en image pour cette 34ème édition des vendredis du vin, placée sous le haut patronage de Pauline et de son jeune blog Eyes Wine Open. Un thème qui ne nécessite pas trop de blabla, juste une image et l’évocation de quelques souvenirs. Mon retard est d’autant plus impardonnable !

 

 

Mais… j’ai la mémoire qui flanche… alors j’ai puisé dans les résultats de mes tout derniers déclics pour partager ici les témoins de quelques instants de plaisir et de convivialité. Témoins muets, à présent, mais au combien diserts quand ils s’étaient mis à table. Une table du reste généreusement ouverte par Catherine, qu’elle soit ici publiquement et chaleureusement remerciée !

 

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Du bien nommé crémant « Vive la Joie » de Baily Lapierre au très profond Gevrey Chambertain Lavaux Saint-Jacques de Denis Mortet, ils étaient six. Autant que ces six inconnus qui ont, au détour de leur clavier et de leurs souris, décider de prolonger in real life les échanges virtuels sur un célèbre forum.

 

Magie du web 2.0 ou magie du vin ? Un peu des deux, mon général : mais si les réseaux sociaux permettent d’initier et de prolonger de belles rencontres, c’est notre passion commune pour le vin et notre envie de partager nos coups de cœur bourguignons qui fut le réel ciment de la soirée. Restent quelques images et autant de délicieux souvenirs, un splendide compte rendu en devenir, et la perspective réjouissante de beaucoup d’autres soirées comme celle-ci !

 


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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 08:35

vdvlogo.pngTrouver des accords un tant soit peu originaux n’est pas mon fort. Alors quand Madame CRock notre présidente du mois nous a proposer de fiancer vin et chocolat, mes premières pensées se sont portées vers des Maury, Banyuls et autres Portos… Mais j’avais envie d’en sortir un peu et suis donc aller voir un homme de l’art. Non pas un certain Bob, dont je ne suis déjà pas qu’il soit très apprécié des VDVistes. Et il le sera encore moins quand on sait que pour lui : « s’il y a du chocolat, vieil ennemi des vins de toutes sortes, il vaut mieux éloigner les verres ». Mais que Bob ne participe pas aux VDV n’est pas un scoop. Non, mon homme de l’art est un caviste, en l’occurrence Pascal Gesret de l’Avant-goût Côté Cellier.

 

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Devant mon désir de quitter les accords standards il me propose sans hésiter ce Traminer hongrois récolté en vendange tardive. Je me laisse ainsi entrainer sur les bords du lac Balaton en compagnie de cet Aranyhid Késöi Szüretelésü 2007. Véritable soleil dans un verre, ses éclats feraient à coup sûr mûrir des fèves de cacao. Il livre avec générosité un très beau bouquet : miel, oranges confites, notes de litchis (moins fortes que dans un gewurztraminer alsacien), d’ananas, pointe de safran, de cire d’abeille. Le nez est riche et intense. Le sucre est présent en bouche, mais sans excès, le vin est très équilibré et la longueur est remarquable.

 

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L’accord merveilleux est rapidement trouvé avec ce chaud-froid du chef Christophe Beaufront, à base d’un grand cru de Valrhona. Moelleux à faire fondre la plus galonnée des brutes, ce petit délice s’harmonise parfaitement aux notes d’épice, de fruit et de miel du vin, dont il révèle toute la complexité. En bouche, tout se fond et s’harmonise pour m’accompagner encore longtemps après le dîner et venir adoucir des rêves qui, cette nuit-là, ont pris des accents vénézuelo-hongrois.

 

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 20:39

VDV32Ce n’est pas tout de se faire donner du Monsieur-le-Président par-ci, du Très-cher-Président par-là, de lancer les cogitations des vendredistes autour d’un thème aussi ardu que possible, et puis, le dernier vendredi venu, de se délecter de leur prose comme de leurs vers et verres. Il faut rédiger ce fameux compte rendu, refléter aussi fidèlement que possible la densité et la diversité des contributions, avant de passer le flambeau pour le thème suivant. « Des litres et des lettres » était donc le sujet de cette 32ème rencontre virtuelle dont il a été dit qu’elle sera littéraire ou qu’elle ne sera pas. Grâce à vous, c’est bien la première option qui s’est réalisée, avec une richesse que je vais tenter de restituer ici. Oh, j’aurais pu distribuer des prix littéraires aux articles, comme d’autres distribuent des médailles ou des notes aux bouteilles. Mais je ne me sens nullement qualifié pour cela et préfère inviter tout ce beau monde, bloggeurs, facebookeurs, mais aussi les écrivains et vignerons conviés pour l’occasion, à terminer la soirée au bar.

 

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Angoulême. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Miss Viky Wine y met de l’ambiance, comme à son habitude. Non, elle ne danse pas (encore…) sur les tables, mais avouez que de l’entendre déclamer « Sans complexe, Plus Sexe qu’intrinsèque ! A grands coups de canons répétés, A grands coups de câlins culottés, Moi je suis l’avocat de la robe soulevée » dans un langage fleuri, ça nous la change de son ton généralement plus Fleurie. Luxe et volupté… Baudelaire est passé par là, mais ce sont Rabelais, Ronsard et Balzac qui se partagent une bouteille de « Clos de la Dioterie 2008 » de Charles Joguet, avant de remonter un peu le temps avec une « Cuvée Clos de Neuilly 1996 » de Johann Spelty. En effet, « à Chinon on prend son pied de vigne ! »

 

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La Chartre. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Baudelaire, de son côté, s’est installé à la table du Rustre. Avec les amis Desproges et Devos, ils ouvrent un Bourgueil, mais attention, c’est uniquement pour repousser les métastases, même si Charles préférerait que l’on s’enivre rapidement, de vin, de poésie ou de vertu, mais qu’on s’enivre sans trêve ! Alors, patiemment, le Rustre leur raconte une longue et bien triste histoire. C’est l’histoire d’un futur pas si lointain si nous n’y prenons garde, où tout plaisir aura été banni de la vie de l’individu-consommateur, pour son propre bien et sa longévité purifiée… Est-ce parce qu’on parlé de Neuilly à la table voisine que le Rustre a été envahi par une vision aussi cauchemardesque ??? Allons, ouvrons avec lui un Gevrey Chambertin « Les Cazetiers » 2005 de Philippe Nadef, transgressons, disons merde aux tas de gnous aseptisés. En cela la compagnie est rapidement rejointe par l’ami Bétourné, l’homme au cigare, car oui, on fume dans ce café !, nous raconte une étrange histoire issue d’un de ses Littinéraires Viniques qui l’a conduit en voyage au pays des chimères. Tout avait portant bien commencé, par une sensuelle rencontre, mais ensuite… non, voyager au pays des chimères n’est pas de tout repos !

 

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Istanbul. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Ce sont également des histoires d’amour qui se racontent à cette table, un peu plus loin, dans un coin un peu plus sombre et propice aux confidences. Avec encore beaucoup d’émotion dans la voix Laurent, Caviste Orpailleur de son état, évoque cette belle inconnue dont l’étreinte fut délicate et puissante, sensuelle et fulgurante. L’absence, la vacuité de la bouteille sans nom dont le contenu n’est plus qu’un souvenir s’éteignant lentement, n’en est que plus douloureuse... C’est plutôt un amour déçu que Doc nous rapporte d’une de ses Escapades : « Ivresse des sens » s’appelait la belle. Faut-il ici trahir son nom de famille ? Car en fait d’ivresse, ce sont plutôt les termites qui auraient pu se régaler de ce pur jus de planche. Et ce n’est pas aux vins de faire la planche ! Cela tombe sous le sens, vu l’érotisme latent ou moins latent de certaines contributions, comme dans cet extrait de Vendange de Miguel Torga, cité par le Bicéphale Buveur : « Caleçons retroussés, les hommes foulaient le raisin, en un mouvement qui avait quelque chose du coït, d'une chaude et sensuelle défloration ». Mais c’est moins une histoire d’amour qu’une histoire de misère et d’exploitation des paysans dans la vallée du Douro, dont on honorera la mémoire avec un Porto Barros « colheita 1980 ».

 

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Lisbonne. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Des amoureux du vin, il y en a à présent dans tout le bar. Bernard Pivot, invité par François de Bourgogne Live, nous décline son dictionnaire. L’occasion de lui faire, avec Vincent Roca, un clin d’œil : « Dégustateur à la langue bien pendue, oeuvrologue au goût très éclectique, allant du grand écrit bourgeois au gros pavé qui tache, il recevait à sa table des grappes-papiers de renom, qui venaient présenter les meilleures feuilles de leur cru ». Un parallèle audacieux qu’ose aussi Antonin, Vindicateur pourtant peu vindicatif, entre vin et livre, entre roman de gare et vin de garage. Et on imagine sans peine l’application à la littérature des préceptes des pontes du marketing, relayés joyeusement par différentes autorités : « La littérature française s’exporte mal, en-dehors de nos prix Goncourt, Renaudot et Fémina. Les autres trouvent insuffisamment de débouchés, y compris sur le marché domestique. Les écrivains devraient utiliser moins de mots et simplifier leur offre »… Bernard Pivot, très en verve ce soir (certains proposent même d’en faire un invité permanent de nos rencontres du 2.0ème type) délaisse son dictionnaire et organise de suite un apostrophique débat autour de cette question.

 

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Amsterdam. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Tant mieux, car Olivier, Showiniste en chef, nous a apporté son propre dictionnaire, pour décliner litres et lettres. De A comme Azan, seigneur en terroir de Limoux, à Z comme… zut les lettres B et C sont déjà prises pour Catherine Bernard, aux vins zi délicieux. Tant de lettres… mais c’est au V qu’on s’arrête chez Eyes Wine Open, V comme les voluptueuses volutes du vin… Mots et vins, vins et mots. A cette table on aime en jouer. Pour Véro du Mas Coris : « les mots sont très proches du vin, ils vous remplissent la bouche, certains croquent, d'autres fuient, d'autres coulent, explosent en bouche. Et que serait le vin ou les mots sans l'homme ? Rien, inexistant... ». Émile Nelligan, arrivé un peu tard, mais de si loin (en direct d’Omaha avec l’amie Dominique) confirme en déclamant sa Romance du Vin. « Les cloches ont chanté; le vent du soir odore... Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots, Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore, Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots ! » C’est à grand trait d’un mystérieux « Clairet Lafitte, vendange 1890 » qu’il cherche à contenir son émotion.

 

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Trentino. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Plus loin, Proust et Tchékhov partagent leurs observations sur l’âme humaine. Seul le bruit d’une Veuve Cliquot « rosé vintage 2002 », servie savoureusement avec passion par Nathalie alias Tiuscha, leur fait marquer une pause. Elégant, distingué, un peu en retrait, comme aime à l’imaginer Nathalie, Marcel observe l’assemblée et aperçoit déjà ses prochains personnages. La littérature proustienne semble décidément liée aux vins, nous dit Catherine sur son blog Une femme, des vins, citant Richard Onley et son livre sur la Romanée Conti. Mais c’est du côté du bordelais rival qu’elle nous a déniché une « Petite Madeleine » une cuvée de Malbec du Château Magdeleine Bouhou. Proust est aux anges, sa madeleine faite vin et son champagne favori à portée de lèvres, il songe même à réécrire certain passage de Du Côté de chez Swann : « Mais à l’instant même où la gorgée mêlée de bulles toucha mon palais, je tressaillis… » Mais déjà Tchékhov ne l’écoute plus, crânant fièrement avec une bouteille de Pinot Noir du Bade-Wurtemberg à son effigie, une bouteille providentiellement tombée entre les mains de votre serviteur. Voilà qui n’impressionne nullement Monsieur Jean-Baptiste Poquelin, Lui c’est tout un domaine qui est à son nom, et pas des moindres : le Domaine des Côtes de la Molière. Isabelle ne le laisse en effet pas mourir de soif : « Allons, qu'on donne du vin à Monsieur Jourdain, et à ces Messieurs qui nous feront la grâce de nous chanter un air à boire ».

 

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Le Mans. Photo : Pierrick Bourgault.

 

On ne chante pas au comptoir, mais on s’y amuse follement. Daniel, passionné de la rive droite, nous a concocté un quizz œno-littéraire qui tient tant Bernard Clavel qu’Edmond de Rostand en haleine. Ils auront bien mérité un verre de Riesling « Clos Sainte Hune » de Trimbach. Olif, du blog éponyme, n’est cependant pas d’accord avec l’énigme « Dans un sinistre bourg du Jura, se déguste un Château-Chalon de Macle » : il n’y a pas de bourg sinistre dans le Jura !!! Et il le prouve en servant quelques pages d’un CC 1955 de Léon Cartier en accompagnement d’un verre de Panique dans les Vignes du Jura, de Jean-Claude Barbeaux. A moins que ce ne soit l’inverse, à cette heure-ci, je m’y perds un peu, contrairement à Nina, seulement Lost in wine. Son « Amarone della Valpolicella 2003 » de San Raffael – Monte Tabor a la même délicatesse que L’Esprit du Vin et autres Récits de Michel Pagel.

 

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L’Antico Caffè Greco, à Rome, a été déclaré « particulièrement important »

par le décret du 27 juillet 1953, comme en témoigne une plaque de marbre

du Ministère de l’instruction publique ! Photo : Pierrick Bourgault.

 

De son côté, Daniel tire une « Ficelle de St Pourçain » des pages du Braconnier de Dieu de René Fallet. Un Fallet très présent ce soir, avec sans doutes un peu de Morgon dans les veines, même si c’est finalement Jérôme Leroy qui aura le dernier mot, avec des mots extraits de son recueil de poésie Le Déclenchement muet des opérations cannibales : « Je boirai la dernière bouteille de Pur Sang, De Didier Dagueneau, Quand je ne sais qui, je ne sais quoi, aura, Empoisonné les derniers points d'eau ». Nous arrive aussi Gérard Oberlé, qui a roulé sa bosse au travers de nombreux Itinéraires spiritueux, dont quelques coteaux alsaciens arpentés avec Jean-Marc. Michel, qui milite Pour le vin et dévore des romans d’aventure sous la couette, mélange rarement les deux. Laurent ne nous arrive pas de sa Confédération, mais de contrées plus lointaines, où il a rencontré Babur lui avouant que « Depuis que j’ai renoncé au vin, je suis tout hors de moi-même et je n’ai plus ma tête à moi ». Voilà qui ne devrait pas nous arriver de si tôt : Félicien, qui consomme litres et lettres, Etiquettes et couvertures, de manière fort différent, sert immédiatement un « Orchis » de Naudin-Ferrand. Il évoque déjà de nouveaux points de chute pour tout ce monde. C’est au Flo des Mots que ça pourrait se passer, autour d’une énigmatique « cuvée Siquésuqué »…

 

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Mais il nous manque encore quelqu’un… Véro nous offres quelques chocolats et nous rappelle, en chorus avec Robert Pirsig, l’importance de rester zen en toutes circonstances, même quand on doit entretenir sa motocyclette. Après avoir farfouillé dans sa caisse à outil ou sa boite de chocolats, j’avoue ne pas avoir bien regardé, Bob nous exhibe un tire-bouchon avec lequel il ouvre joyeusement un « Clos des Cèdres 2001 » du Domaine de Lisson. Mais c’est bien sûr, c’est Iris qui nous manquait, la voilà qui arrive, les bras pleins de livres glanés avec passion aux fils de ses pérégrinations. Pas le temps de faire un compte rendu ? Mais quelle importance, pourvu que nous ayons plaisir à nous retrouver autour d’un verre et de quelques mots, point besoin d’ingurgiter des litres ni d’aligner des lettres pour ça.

 

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Sacé. Photo : Pierrick Bourgault.

 

Un dernier verre de remerciements pour la route… A tous les contributeurs pour avoir produit au total plus de 50 pages de grande qualité. A Pierrick Bourgault pour les photographies qui illustrent ce compte rendu, certaines sont extraites de trois de ses livres (à découvrir sur son site monbar.net) d’autres sont inédites. A Iris, enfin, pour ses bons conseils. Il ne me reste plus qu’à passer le flambeau à la prochaine présidente !

 

 

 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 08:07

VDV32Le hasard fait décidément bien les choses. A l’heure où je m’interrogeais sur le vin que j’allais retenir pour cette 32ème rencontre des Vendredis du vin, choix d’autant plus crucial que j’assure la présidence de ladite rencontre et que j’en ai donc arrêté le thème, voilà que des amis m’offrent quelques bouteilles provenant de leur région, dont cet hommage à Anton Tchékhov, écrivain que j’aurais a priori surtout associé à la vodka. Mais bien à tort, car le vin s’accorde tout autant que cette dernière avec le lyrisme parfois débridé de l’âme russe : « (…) je humais dans vos livres un vin parfumé. Je chantais des chants ; je poursuivais dans les bois les cerfs et les sangliers ; j’aimais des femmes… Des beautés aériennes comme des nuages, créées par la magie de vos poètes de génie, me visitaient la nuit et me murmuraient de merveilleux contes qui me tournaient la tête ».

 

Si les vignerons de la cave coopérative de Britzingen élaborent cette cuvée depuis 2004, centenaire de la mort de l’écrivain, c’est que celui-ci est décédé dans la ville voisine de Badenweiler, lors d’une ultime cure destinée à soigner sa tuberculose. Le 2 juillet 1904, ses derniers mots furent : « Cela fait longtemps que je n’ai plus bu de champagne ». Et c’est après avoir vidé une dernière coupe qu’il se décida à quitter ce monde. Une fin toute russe, avec bien plus de panache qu’un Goethe demandant de la lumière, « Mehr Licht… », moins de confusion qu’un Balzac appelant un de ses personnages à la rescousse, « Appelez Bianchon ! Seul Bianchon peut me sauver ! » et bien moins de désespoir qu’un Maupassant s’écriant « Des ténèbres. Oh ! Des ténèbres ! ». Tchékhov refusa tout remède et préféra partir avec les bulles du champagne plutôt qu’avec le goût d’un quelconque médicament. Une douce fin pour celui qui aura toute sa vie fait preuve de tant de compassion et de bienveillance pour son prochain.

 

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« Lorsqu’on entendit les pas d’Iégor Sémiônytch se rendant au jardin, Kôvrine sonna et commanda au domestique de lui apporter du vin. Il but avec délices quelques verres de Lafitte, puis se fourra la tête sous la couverture. Sa conscience s’embruma et il s’endormit ». On ne fait ni champagne, ni imitation de Lafitte à Badenweiler, mais ce Spätburgunder Spätlese Trocken (pinot noir, vendages tardives, sec) issu d’une sélection parcellaire, celle du Römerberg, rend un juste hommage à l’écrivain. Car si un musée ainsi qu’un buste ornant un parc de la ville rappellent sa mémoire, il était quand-même temps de faire quelque chose d’un peu plus gouleyant !

 

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« Le reclus refusait vin et tabac. Le vin, écrivait-il, excite les désirs, et les désirs sont les ennemis directs du prisonnier. Il n’est, en effet, rien de plus ennuyeux que de boire du bon vin étant seul ». Voilà parole sage et c’est donc en bonne compagnie que j’ai dégusté cette bouteille. Une robe assez claire, un nez de fruits à noyaux typique des pinots noirs de cette région du Baden-Württemberg(quetsches, cerises noir) et une bouche qu’enrichit la mûre et des accents fumés, caractérisent notre Tchékhov fait vin. Nous sommes heureusement bien loin de ce sirupeux vin de Matrassi « que j’ai bu en me pinçant le nez » et n’avons pas connu les mêmes déboires que notre écrivain : « (…) j’aimerais que ce fut le contraire, c'est-à-dire que les repas soient mieux que les water-closets, d’autant plus qu’après le vin de Santorin que Korneïev m’a offert, mes intérieurs sont encombrés – c’est ainsi que jusqu’à Tomsk je me passerai de toilettes ».

 

anton-tchekhov-3.jpgAnton pousse le bouchon…

 

 

Les textes sont extraits de : Le moine noir, Le pari, Un voyage à Sakhaline.

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 20:05

 

vdvlogo.pngC’est avec grand plaisir que je prends la première présidence des vendredis du vin de l’année 2011, année que je souhaite excellente à tous les VDVistes et à leurs lecteurs. Après un spectaculaire redémarrage voici quelques mois, sous l’impulsion d’Iris, nul doute que 2011 sera un très beau millésime, riche de rencontres et de découvertes !

 

Je ne me suis pas interrogé bien longtemps pour arrêter le thème qui vous est proposé : les paroles après le son, le texte après le latex, le récit après le voyage, les pages après la couverture…

La 32ème édition des VDV sera littéraire ou ne sera pas.

 

Le vin a de tout temps eu des rapports privilégiés avec les lettres. Il a inspiré les poètes, à l’instar d’Omar Khayyâm : « Une rose tremble dans la brise. Un rossignol lui chante un hymne passionné. Un nuage s'est arrêté. Buvons du vin ! » (Rubayât). Tandis que d’autres se sont perdus en lui : « Me voilà libre et solitaire ! Je serai ce soir ivre mort ; Alors, sans peur et sans remord, Je me coucherai sur la terre, Et je dormirai comme un chien ! » (Charles Baudelaire, Le Vin de l’assassin).

 

baudelaire-ame-du-vin.jpg

 

En version chic, avec Blaise Cendrars « La table était splendide. (…) des vins du Rhin et quelques vieilles bouteilles de France qui avaient fait le tour du monde sans s’éventer, tellement on en avait pris soin. » (L’Or), à peine moins classe avec Jean-Marie Laclavetine « Que serait l’homme sans le vin ? A-t-il soupiré en humant son verre. Une bête silencieuse et triste. Le premier geste de Noé, à peine descendu de l’arche à la fin du déluge, fut de planter une vigne et de s’enivrer. » (Le Rouge et le blanc), où franchement populo avec Robert Giraud « S’il n’était pas armé de quelques litres pour passer ses heures, il me donnait du fric que j’allais transformer en mazout dans un de ces petits bistrots crouillats qui fourmillent dans le secteur. – Prends du bon, du gros, de l’Algérien, c’est mon pays. J’ai de l’argent pour payer, et l’argent, tu le sais bien, c’est comme le train, faut que ça roule. » (Le Vin des rues) le vin traverse de nombreuses œuvres.

 

Autant de textes, autant d’associations possibles. Peut-être en profiterez-vous pour ouvrir une Romanée-Conti 1935 ou La Tâche 1966 : « Très bien. Pour respecter l’ordre, je propose de commencer par le plus jeune. (…) Il paraît que le bourgogne prodigue l’esprit. Voyons un peu ce que ça donne. » (Takeshi Kaiko) ? Ou plus modestement un  « (…) petit bourgueil bien frais. Nous avons rongé des rillons, mordu dans des tartines de rillettes épaisses comme un édredon, savouré des tomates tièdes et sucrées, des pyramides de chèvre grises et des poires du verger. » (Anna Gavalda, L’Echappée belle).  

 

romanee-conti-1935

 

La collection « Ecrivins », dirigée par Philippe Claudel, offre quelques belles sources d’inspiration.  Je n’imaginerais pas que l’on puisse parcourir Chez Marcel Lapierre de Sébastien Lapaque sans accompagner sa lecture d’un verre de Morgon. Ni feuilleter Expédition nocturne autour de ma cave de Jean-Claude Pirotte sans laisser lentement s’ouvrir un Château-Chalon dans une carafe.

 

De nombreux domaines sont également associés à des écrivains célèbres, soit parce qu’ils y y ont vécu ou qu’ils en aient été propriétaires. Mais tout livre, tout poème, tout texte peut vous évoquer un vin. Et inversement, toute bouteille peut vous rappeler quelques pages, voire vous inspirer pour les écrire vous-même. La seule limite est ci celle de votre imaginaire !

 

mute la rectorieBelle du Seigneur d’Albert Cohen et vin muté sur grain de La Rectorie,

à partir du thème « le vin médecin de l’amour » proposé par Michel.

 

Pour participer, il vous suffit de poster sur votre blog, ce vendredi 28 janvier, un commentaire de dégustation en rapport avec le thème du mois. Vous pouvez aussi vous rendre sur la page Facebook du groupe des VDV, laisser un commentaire sur le blog des VDV, en laisser un ici, m’envoyer un message. Bref, en-dehors du pigeon voyageur et du télégraphe de Chappe, tous les moyens sont bon pour combiner litres et lettres.

 

 

alphabet-chappe.jpgOn peut toujours essayer...

 


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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 06:00

vdvlogo.pngOn monte le son pour cette 31ème édition des vendredis du vin, à l’appel d’Eva, du blog oenos.net, pour un thème wine and blog and rock’n’roll. Accorder vin et musique n’a rien d’évident, et on pense plus spontanément à la musique classique ou au folklore local qu’au rock. A première vue on accorderait plutôt ce dernier avec une bonne Kro.

 

A moins de faire un petit détour par les couleurs (chacun son truc, pour trouver l’inspiration…) : entre la black attitude de la blackisphere et la rock’n’roll attitude, il n’y a qu’un verre, un verre de black wine bien entendu. Autrement dit de Cahors, un grand ténébreux à base de malbec-tannat-mourvèdre, qui sont un peu le trio guitare-basse-batterie du vin. On le croirait parfois  Paint in Black, tant il est sombre, mais en ouvrant bien nos Black Eyed Peas, on voit bien qu’il serait plutôt pourpre bien profond :

 

 

Certains producteurs vont jusqu’à renouveler une technique médiévale. En chauffant une partie des moûts dans un chaudron, limite Black Sabbath, ils le concentrent davantage et arrivent ainsi à obtenir un vin réellement noir : Back in Black même. On passe du rock au hard ! Mais je tente aujourd’hui quelque chose de plus soft avec un des grands noms de la région. Un peu timoré, je me suis dit qu’en restant dans le top 50, je ne risquais pas de rencontrer de bad boy (ni de bad girl, mais ça c’était déjà fait au précédent VDV). Et en effet, ce Château Lagrezette 2004 ne semble pas de prime abord rouler des mécaniques, avec son look bien tradi, affublé en plus d’un petit tutu rose. Mais une fois qu’on met le son, il change un peu de registre.

 

Ah ce n’est pas le Commando Pernod (Béru carburait d’ailleurs plutôt au beaujolpif si je me souviens bien), ce serait plutôt le Père Noël Noir, du genre à vous rouler progressivement dans la farine. Car la robe est aguicheuse avec ses reflets violacés (87% de malbec) et le parfum joue du café et des fruits noirs (cerises, cassis, myrtilles). Mais la bouche est très boisée, à point que c’en est presque sec, malgré une touche sucrée. Espérons que cette dureté va se fondre avec le temps, sans que le sucrailleux ne prenne le dessus. Vinifié avec les conseils de Michel Rolland, c’est finalement du gros son pas très subtil. Certes, ça peut plaire… un moment, le temps d’une danse, ou d’un peu plus.

 

lagrezette-1          lagrezette-2

 

C’est l’occasion de s’intéresser un peu plus à ce black wine. De faire un petit flashback sur son histoire aussi tumultueuse que peut l’être celle d’une rock star, disons celle de Roy Black au hasard…  Arrivés avec les Romains, c’est en fait avec les épousailles d’Aliénor d’Aquitaine et du futur roi d’Angleterre, en 1152, que les vins de Cahors commencèrent à devenir des stars internationales, avec beaucoup de fans de l’autre côté de la Manche. Les groupies en route vers le festival de Saint-Jacques de Compostelle lui assuraient également une bonne promotion.

 

Mais si les Beatles  et les Stones  ont bien été anoblis par la reine d’Angleterre, le black wine a lui connu quelques éclipses de la table royale. En effet, le cartel rival des jurats de Bordeaux ne l’entendit pas ainsi et favorisa l’écoulement de sa propre marchandise en rackettant les producteurs du Haut-Pays. Guerre des gangs de cent ans et phylloxéra achevèrent le travail, avant un revival à la fin des années 1940 et une lente, mais désormais inexorable progression dans les charts. Jean-Charles Chapuzet, qui signe Le roman du vin noir juste avant un livre consacré à Hubert-Félix Thiéfaine, vous conte cela de manière aussi vivante, mais avec un peu moins d’approximation historique, dans cet ouvrage de référence à déguster en écoutant ce vieux tube de Johnny.

 

cahorsromanvinnoir

Cahors – Le roman du vin noir. Jean-Charles Chapuzet. Préface de Michel Dovaz. 140 pages. Editions Féret. 2008. 15 €.


 

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 06:00

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Voilà un thème qui ne manque pas de piquant ! Le Bicéphale Buveur , nous propose en effet de plancher sur le vin et le sexe pour cette trentième édition des Vendredis du Vin. Il ne s’agit pas d’évoquer la sensualité ou le charme d’une robe voire d'une étiquette suggestive, comme j’ai pu le faire avec la cuvée érotique de Seppi Landmann. J’aurais également pu revenir sur quelques-uns des livres proposés pour la Saint-Valentin, tels que Le Vin & l’amour, Erotique du vin ou D’Amour et de vins nouveaux. Mais non, nous sommes ici invités à trousser des fillettes, à tâter de la cuisse, à prendre cul-sec quelque quille bien couillue. En bref, à faire du dur avec du liquide, du hard avec du vin !


 

gama1     gama2

Le collier de Vénus                                                  Le cheval renversé

 

Alors, laissons notre pudibonderie à la cave pour en remonter ce provoquant Gama-Sutra d’Olivier Lemasson. Le bouchon n’offre qu’une résistance de forme et se laisse aisément pénétrer par la queue de cochon. Le râle qu’il émet en se retirant dévoile à peine tout le plaisir qu’il a eu à se laisser ainsi voluptueusement glisser hors de son fourreau. Est-ce ensuite notre vue qui se trouble quand le liquide se déverse ? Ou est-ce la robe qui joue à se voiler pour mieux se laisser déshabiller du regard et plus tard des lèvres ?

 

gama3     gama4

La cravate de notaire                                                     Le chat

 

Qu’importe. Car déjà des appendices nasaux en érection viennent renifler des effluves animaux, et fruités mêlés. Avant de laisser de gourmandes bouches aspirer, mâcher, suçoter et, pour les plus hardies d’entre elles, avaler ce jus tendre et délicatement acide où se côtoient les cerises, les groseilles, voire les amandes. De doux sourires, des regards complices accompagnent enfin les corps apaisés quand viennent se reposer les verres. Je n’ose imaginer l’effet si j’avais également invité une Cheville de fer à ces ébats (1).

 

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Le charmeur de serpents                                                  L'union suspendue

 

 

1 : « Cheville de fer » est le nom d’une autre cuvée d’Olivier Lemasson.

 

 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 07:09

vdvlogo.pngUn thème inhabituel pour cette 29ème édition des vendredis du vin. Car si les vendredistes ne sont pas des buveurs d’étiquettes, privilégiant généralement le fond à la forme, notre président du mois, François Desperriers (Bourgogne Live), nous encourage à ouvrir les yeux sur le contenant. Peu importe l’ivresse donc, pourvu qu’il y ait un flacon qui nous ait tapé dans l’œil...

 

« Imaginée en 1996, dernière année érotique du siècle après 1969 (à condition de se mettre les chiffres en face des yeux), cette étiquette est dédiée à Serge Gainsbourg et Jane Birkin : que la liberté était belle et croquante en ces temps-là ! ». Voici donc toute l’histoire de cette cuvée érotique imaginée par Seppi Landmann, qui ajoute, militant : « Aujourd’hui, la frilosité actuelle et le prohibitionnisme rampant de nos élus et de nos frénétiques législateurs remet plus que jamais la maxime de Montaigne à l’ordre du jour : versez-leur de bons vins, ils vous feront de bonnes lois. »

 

cuveerotique.jpg

 

Pour Jay McInerney*, il n’y a qu’une seule activité qui peut apporter plus de plaisir que de déguster un bon vin avec un bon plat. Et, ajoute-t-il, si vous dégustez avec la bonne personne, le premier plaisir peut, plus souvent qu’à son tour, vous conduire vers l’autre. Il aurait pu ajouter que certains flacons sont mieux prédisposés que d’autres pour donner un coup de pouce à Eros. Voyons justement ce qui ce dissimule derrière la gravure coquine qui orne ce flacon-ci...

 

cuveerotique2.jpg


Si Seppi a fait cette cuvée en Riesling ou en Crémant, ici j'ai préféré le Muscat. Un cépage aimablement fruité, évoquant pour moi le printemps et l’éveil des sens. C’est également bien connu que les Alsaciens plébiscitent l’accord du Muscat avec les asperges, légume phallique que l’on est autorisé à prendre en main. Ce cépage rend-il, à l’instar du Champagne, les femmes plus belles ? Sans doute, si l’on en croit Alphonse Daudet : « Le dimanche nous allions aux moulins, par bandes. Là-haut, les meuniers payaient le muscat. Les meunières étaient belles comme des reines, avec leurs fichus de dentelles et leurs croix d'or ».

 

Ailleurs, avec une verve aussi militante que celle de Seppi, c’est Aragon qui le cite dans La Rose et le réséda : « Il coule il coule il se mêle / À la terre qu'il aima / Pour qu'à la saison nouvelle / Mûrisse un raisin muscat ». Mais je laisse volontiers les mots de la fin à Serge et Jane, puisqu’ils ont été à l’origine de l’idée de cette cuvée érotique :

 

 

 

 

 

* : dans son livre A Hedonist in the cellar – Adventures in wine.

 

 

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